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Varions les éditions : Editions du typhon (mars 2021)


Les éditions du Typhon selon ses lecteurs


Les éditions du Typhon selon Yves Torres


C'est de famille


Pour monter une maison d'édition, il faut un duo solide. Quoi de mieux que de se lancer dans ce projet en famille ? C'est ce qu'ont fait les frères Torres, Yves et Florian. Pour autant, nul besoin d'être "trop" ensemble.

Quand le binôme crée les éditions du Typhon en 2018, Yves quitte Paris et les éditions Elyzad où il a travaillé plusieurs années, direction Marseille. Florian, lui, reste à Lyon. Depuis presque trois ans maintenant, ils travaillent ensemble et à distance, liés par la vocation commune de dépoussiérer des textes du passé. Ils dénichent dans les pays européens des textes fondateurs, qui ont marqué l'histoire littéraire, des auteurs aujourd'hui "cachés". Dans l'idée : il s'agit de voir en quoi ces textes peuvent encore nous toucher aujourd'hui, à raison de 6 publications par an.


Ils puisent leur ligne éditoriale dans le mouvement britannique Angry Young Men (Jeunes gens en colère), popularisé par la musique. Ce courant réunit des jeunes adultes qui luttent pour leur avenir politique. Repris par le cinéma anglais dans les années 60, cette veine sociale marque le paysage littéraire. L'écriture est un pouvoir d'émancipation supplémentaire.


La puissance des éléments


De ce mouvement naît une première collection : Après la tempête, puisqu'il s'agit de publier cette littérature qui émerge après les crises.

Billy le menteur de Keith Waterhouse, deuxième livre publié par les éditions du Typhon, en est un bon exemple. Très poétique, il joue avec les frontières du réel, s'amuse à franchir le pas entre vie et fantasme. La rêverie étant une façon d'échapper à son quotidien. Billy le menteur trouvera d'ailleurs sa version poche dans la collection Les grands animaux de Monsieur Toussaint Louverture.

La petite apocalypse de Tadeusz Konwicki, auteur polonais des années 80, est une ode à la liberté. Littérature d'avant la chute du mur de Berlin, elle refléte les volontés de son époque. Ce texte, publié clandestinement, connaîtra un véritable succès, jusqu'à son adaptation cinématographique par Costa-Gavras en 1992. Une préface du réalisateur vient d'ailleurs compléter cette nouvelle édition.



La maison étant à présent lancée, Yves et Florian Torres ouvrent leur catalogue à une nouvelle collection : Les hallucinés. Et vous allez voir qu'elle découle beaucoup d'Après la tempête, comme une suite logique à ce premier courant.

C'est Eltonsbrody d'Edgar Mittelholzer qui ouvre le bal de cet ensemble aux couvertures noires et blanches. Inspirations lovecraftiennes, Les hallucinés fait l'éloge du fantastique. Une nouvelle façon de titiller la frontière entre réel et imaginaire, car ce genre n'est rien de plus qu'un jeu autour du factuel, qu'un moyen de se questionner. Commencer par publier Edgar Mittelholzer, c'est frapper fort. L'écrivain caribéen est le premier auteur noir à succès en Europe, découvert par Leonard Woolf (le mari de Virginia Woolf, oui) qui avait une maison d'édition en Angleterre. Ses textes questionnent société et politique : racisme, exclusion sociale, lutte des classes. Comme quoi, le fantastique aussi est riche d'enseignements.

Second grand texte de cette collection : Le chien noir de Lucie Baratte. C'est surtout la première autrice de langue française à signer un texte inédit au Typhon. Jusqu'alors, les deux éditeurs ont fait le choix de publier des auteurs phares dans leur pays, et de retravailler des traductions déjà existantes. C'est donc une nouvelle étape pour les éditeurs que l'entrée de Lucie Baratte au catalogue, primo-romancière qu'il faut défendre dans un contexte pour le moins difficile... Nous sommes en mars 2020. Personne ne se doutait que l'économie mondiale s'arrêterait. Pourtant, ce texte va rencontrer son public. Le chien noir est un conte gothique, aux inspirations baroques. Roman d'apprentissage, il traite de l'émancipation féminine, questionne son lecteur. Tant et si bien qu'il sera en rupture dès la fin du confinement.

Cette collection, qui pourtant ne comporte que 4 livres (dont un à paraître ; Le temps qu'il fait à Middenshot, du cher Edgar Mittelholzer) offre des textes très différents mais fonctionnent ensemble. Y figure aussi L'Etrange féminin, recueil de nouvelles de six autrices dont vous avez certainement déjà entendu parler.



Continuer sur sa lancée


L'objectif est de publier un peu plus afin de pouvoir en vivre et de publier un peu différemment. C'est-à-dire faire entrer de nouvelles voix au catalogue, s'ouvrir aux auteurs contemporains, comme avec Lucie Baratte, explorer davantage la littérature francophone, comme avec André Masson l'auteur d'Un temps pour mourir, qui vient de l'île Maurice. Et puis toujours, continuer de travailler avec de nombreux graphistes. Car si la ligne éditoriale du Typhon est percutante, les livres sont aussi assortis de couvertures exceptionnelles, chacune l'oeuvre d'un graphiste ou d'un illustrateur différent, et qui forment malgré tout un ensemble qui fait sens.

Enfin, parce que l'édition est une vision à long terme, le Typhon a dans ses tiroirs un super projet pour 2022. Comme vous savez bien que la littérature est une affaire d'état, c'est secret défense pour l'instant ;) Rendez-vous l'année prochaine ! Ou dès maintenant en librairie avec leur dernier roman : Le temps qu'il fait à Middenshot d'Edgar Mittelholzer.



Un grand merci à Yves Torres de m'avoir reçue aux éditions du Typhon, pour cet échange passionnant sur la maison et le monde de l'édition.