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Un mariage anglais, Claire Fuller

Finalement, la lecture est une question de moment. Une rencontre, manquée ou merveilleuse, selon si elle se fait au bon moment. Avec « Un mariage anglais », il s’est passé cette magie. Un an que le roman m’attendait, que je l’avais déjà ouvert puis refermé, jamais lu encore. Cette fois-ci, c’était la bonne. C’était maintenant. Au milieu de ma vie à toute allure, avec si peu de temps pour la lecture, j’ai découvert ce roman tout en longueur, tout en langueur.


S’il y a bien sûr des mystères sur lesquels on a envie de lever le voile, il n’y a pas cette frénésie de la découverte, cette précipitation de la vérité. On glane quelques indices, des ressentis, une ambiance, et ça suffit à avancer. De toute façon, le roman est construit sur un rythme binaire, partagé entre les lettres d’Ingrid (le passé) et les filles au chevet de leur père (le présent), qui rompt volontairement les précipitations.


J’ai tout aimé. Les décors, les détails, la plume, j’ai aimé prendre mon temps dans ce texte qui prenait le sien. C’est un roman plein de poésie, des plaisirs simples et juvéniles, et à la fois c’est un roman terriblement profond, triste, d’un grand bonheur manqué. La désillusion transparait au fil des pages, la rage de s’être trompé de voie et la résignation, puis non, finalement non, on se résigne jamais à n’être pas heureux. Les épreuves traversées par les personnages sont d’une grande cruauté et pourtant tout est dit sans drame. J’ai été saisie par cette dissonance, par ce beau dans ce terrible.


J’ai adoré. Toutes les pages, tous les passages, ne me suis pas ennuyée un seul instant et pourtant j’ai mis presque 20 jours pour lire quatre cents pages.


Et puis la fin est arrivée. Attendue et redoutée. Partagée entre l’avidité de connaître le fin mot de l’histoire, cette vérité autour de laquelle on a beaucoup tourné, et cette nostalgie de savoir qu’il n’y aura plus de pages à tourner, plus ce plaisir à retrouver. Coup de grâce. J’aimais déjà le roman mais l’épilogue l’a porté au rang des coups de cœur. Je referme enfin le livre, avec cette sensation de me retrouver devant du génie et de ne pas savoir quoi en faire. Cette fin, c’est une métaphore, c’est une page et demi qui m’aura perturbée pour les jours à venir, qui me donne envie de relire le livre, qui fait que je ne l’oublierai pas. Et cette fin, j’ai envie de l’approfondir, d’en discuter avec vous, ceux qui l’ont lue. Quel est votre ressenti ?

Quelques extraits :

Tard ce soir-là, tandis que nous étions installés dans la véranda, tu dis : “Je ne crois pas que nous aurons jamais besoin de crier pour nous entendre par-dessus le bruit de la pluie sur le toit en tôle. Je crois qu’il ne pleuvra plus jamais.” (p.146)

Celui-ci, parce que c’est tout à fait l’ambiance de ce roman :

“-Oh mon Dieu ! l’interrompit Flora, en se frappant le front du plat de la cuillère. J’ai oublié de te dire. Il a plu des poissons sur ma voiture quand j’étais sur Ferry Road. -Ta voiture ?” Nan reposa sa tasse de thé. “Ils sont tombés du ciel. Il y avait des poissons morts partout sur le bitume. – Flora, tu n’as pas acheté une voiture, quand même ? Tu es étudiante aux Beaux-Arts. Tu n’as pas les moyens de t’acheter une voiture. – J’aurais pris une photo si j’avais eu un appareil, ou bien je les aurais dessinés s’il n’avait pas plu autant. – Le montant de l’assurance doit être astronomique. – Ce n’est pas ma voiture, c’est celle de Richard, lâcha Flora. – Qui est Richard ?” (p.108)
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