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© Margot Mucci

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Tant que nous sommes vivants, A-L Bondoux

Suivant l’enthousiasme débordant d’une amie, je suis partie à la découverte de ce roman. Et j’ai beaucoup aimé, je l’ai dévoré en trois jours.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la construction de ce roman. Divisé en quatre parties apparentes, en voici les ficelles majeures : La première partie, narrée par un “nous” général, donne la vision du village, pose le décor. Nous suivons Bo et Hama. Dans la seconde, c’est Tsell qui prend la parole, cependant elle n’utilise pas le “je”, ne raconte pas son histoire, et privilégie des termes comme “ma mère”, “mon père”. Nous suivons donc toujours les périples de Bo et Hama, mais par la voix de Tsell. Puis cette dernière grandit, jusqu’à s’approprier sa propre voix, et c’est dans cette troisième partie qu’elle prend le relais de la narration, devenant un véritable “je”, elle devient l’héroïne. La quatrième et dernière partie est toujours à la charge de Tsell. Cette fois-ci, elle part sur les pas de ses parents. Ainsi, le roman fait une boucle. Un écho. Complexe non ? La construction de ce roman est originale et bien menée, intrinsèquement bien pensée, il faut le lire pour le comprendre, pour en saisir toutes les facettes, pour saisir ce sentiment de ronde, de cercle, de boucle.

Bien sûr, il y a aussi la plume. L’écriture d’Anne-Laure Bondoux est toute simple, fraîche, mais tellement percutante. Les images nous parviennent au cœur et s’y gravent. Combien de fois ai-je interrompu ma lecture pour en noter certaines lignes ! Allez, je vous en livre quelques unes, plus bas, quand vous aurez fini la lecture de cette chronique. Juste pour vous mettre l’eau à la bouche, ou, si vous l’avez déjà lu, pour vous faire rêver encore un peu.

Et puis le roman est empli d’épithètes homériques, de phrases qui reviennent, qui rythment, qui bercent, comme une musique. Serre les dents, et tiens bon. / Il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue. / Rester vivant. Ces phrases comme des proverbes participent également à l’effet de boucle. Oui, décidemment, ce roman c’est un tout.

Dans ce roman, au rythme de Tsell, nous retrouvons des petits cailloux, faisons jour sur le passé. Il y a des indices, des échos. Et au milieu de tout, de toutes ces pages et ces effets de miroir, je suis persuadée que plein de symboles m’échappent. Si vous l’avez lu, avez-vous, vous aussi, eu ce sentiment ? Aidez-moi ! Quelle frustration que ce sentiment de passer à coté que quelque chose, qu’il est là, entre nos doigts, qu’on le sent comme le vent mais qu’il est impossible de le voir, impossible de le saisir…


J’adore / Très bon / Bon / Livre de plage / Moyen / J’ai du mal…


Pour finir, plongez un peu dans la douce poésie de Tant que nous sommes vivants :

Ils riaient. À leurs gestes, on devinait sans peine qu’ils avaient passé la nuit dans le même lit, et à leurs yeux, qu’ils n’y avaient pas beaucoup dormi. (p.17)
“Belle et triste, pareille à une étoile morte.” (p.170)
Pratiquée par lui, la poésie ressemblait à un sport de combat, ou à un rodéo. (p.180)
“Me faufilant entre les villageois, je finis par voir ce que tout le monde regardait : un point, au loin, comme un trou au milieu du paysage, une tache d’encre qui flottait entre le ciel et la mer.” (p.200)
J’essayais de ne pas trop penser à Vigg ; j’y pensais quand même. (p.209)
“Cette promesse, c’était un soleil. Elle illuminait tout.” (p.221)
Vers quoi allions-nous ? Je n’en avais qu’une idée vague. Vers nous-mêmes, probablement, comme tous les voyageurs. (p.252)
“- Laisse tout ça derrière toi, Tsell. Si tu emportes ton chagrin, il t’empêchera d’avancer.” (p.257)
Je riais avec lui. Je l’aimais. J’avais de moins en moins peur de moi-même. (p.274)
“- Tu penses que la magie existe, toi ? demandai-je, sincèrement étonnée.– Tout existe, dit-il. Il suffit de savoir regarder au-delà des apparences.” (p.232)