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San Perdido, David Zukerman

C’est un roman que j’ai souvent vu passer sur instagram et dont la liseuse ne rend pas justice à la couverture colorée.

En acceptant de découvrir San Perdido, vous embarquez pour un voyage en Amérique centrale. Sous un soleil de plomb, les personnages qui prennent vie sur le papier entre vos mains sont de milieux sociaux bien différents, et pourtant leurs chemins seront amenés à se croiser. D’abord plongés au coeur de la misère, de conditions insalubres, nous découvrons des hommes et des femmes qui tentent de survivre. Notre coeur se serre, le souffle nous manque, la révolte gronde en notre for intérieur. San Perdido est d’une violence inouïe, que ce soit les mots qui racontent son histoire que la ville elle-même. L’enfant est énigmatique, attachant. Felicia aussi. C’est ce qu’il y a de fort dans ce roman. Cette ambivalence, ces sentiments en équilibre, sur le fil, entre ombre et lumière. Il y a une douceur sous-jacente, maternelle, fraternelle, masquée par les odeurs nauséabondes de la décharge. Mais elle est là. Dans les détails, dans les phrases bien construites, dans les attentions tacites. Cette douceur murmurée qui côtoie la violence. Une violence indicible, racontée quand même. Une violence des paysages, une violence de l’ignorance, une violence de la misère. Si la pauvreté serre le coeur de pitié, la survie, elle, explose de cette violence. Et au milieu de l’inhumain, la loi du plus fort ne règne pas seule : le bien et le mal sont ses ministres. L’enfant est comme la femme aux yeux bandés, tenant dans une main l’épée et la balance dans l’autre. Il nous emmène à réfléchir sur la nature des hommes et de leurs actes, ce qui fait le bien et le mal. Car pour Yerbo le monde est manichéen, et les méchants n’ont qu’à bien se tenir. C’est un héros qui nous questionne sur la notion de justice. Ce conte initiatique pour adultes est un récit puissant, qui prend aux tripes et frappe au coeur. Les mots et les scènes qu’ils décrivent nous remuent, coupent le souffle et parfois il faut lever le nez du livre pour respirer de nouveau. L’atmosphère passe de la tendresse à l’orage, nos émotions sont malmenées et il faut s’accrocher. C’est une lecture difficile par moments, mais quel bonheur de retrouver enfin un roman qui me fasse palpiter autant, qui m’entraine avec lui, guide mes humeurs !

Si je devais ne garder qu’un seul mot pour décrire San Perdido, ce serait “puissance”. Et bien sûr, je vous le conseille.


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