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© Margot Mucci

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Sale Gosse, Mathieu Palain [#RL19]

D’habitude, je suis intarissable quant à mes coups de coeur. Là, j’ai bien du mal à m’exprimer et pourtant j’aurais envie de crier au monde entier qu’IL FAUT lire ce livre.

Sale Gosse, c’est autant l’histoire d’un môme sur qui le sort s’acharne que celle de ses éducateurs. Je pourrais dire que c’est puissant, une vraie claque, car ça l’est. Mais ce serait trop banal et ce livre mérite mieux que ça. Alors tant pis si ma chronique est décousue, mais il faut savoir que Sale Gosse, ça se lit d’une traite. Ça vole des heures à la nuit, les yeux grands ouverts pour ne pas en perdre une ligne, impossible d’éteindre la lumière « à la fin du paragraphe, au prochain alors, bon ben à la fin du chapitre ». Ça réussit à me sortir d’une panne de lecture gigantesque et à être un coup de coeur en même temps.


Sale Gosse, c’est du lourd. Il y a tout ce que la vie peut nous balancer à la gueule en quelques centaines de pages carrés. Il y a les coups de pute de la vie, les grands, ceux qui font les classes sociales avec des frontières au stylo bille impossible à gommer, il y a la psychologie de l’être humain, la violence en réaction à la violence des sentiments et puis il y a aussi ce que l’on vole aux coups durs de la vie et qui sont la vie quand même, il y a les éclats de rire et le respect, la confiance qui pointe son nez. Je vous l’avais dit, Sale Gosse, c’est du lourd. Sûrement le genre de bouquin qui va me replonger dans une nouvelle panne de lecture parce qu’il est impossible d’apprécier quelque chose après ça.


Sale Gosse c’est un roman et pourtant c’est le réel.

D’abord dans le style, qui reprend un langage familier. J’ai jamais aimé les livres qui écrivaient ainsi, pour faire « jeune ». J’ai toujours trouvé ça maladroit, lourd, voire illisible. Pas là. Pas dans Sale Gosse. C’est fluide, c’est limpide, c’est juste. Il n’y a pas un mot de trop, juste ceux qu’il faut. Et les scènes s’enchainent et se déroulent sous nos yeux, parce que c’est si vrai qu’on s’y croirait, que l’on n’a pas à se l’imaginer pour le « voir ». C’est comme si on lisait un film.


Et puis, ça renvoie à plein de situations vécues. Quand j’ai dit à mon frère qu’il fallait absolument qu’il lise Sale Gosse, que ça parlait d’un mec qui a été en centre de formation puis qui n’y est plus parce qu’il a merdé, il m’a répondu ah ouais, comme Mustapha. Vous trouverez forcément un passage qui fera écho en vous. Pour ma part, j’y ai retrouvé mes années de collège en ZEP, les coups montés pour faire tourner les profs en bourrique, le ridicule des situations, la colère, les injustices. Je sais que mon père y retrouvera le sport comme cadre, comme moyen de canaliser les gosses paumés mais suffisamment intelligents pour savoir se plier aux règles du jeu. Je sais que ma mère aura l’impression d’être au boulot, de vouloir aider ses jeunes, un peu démunie face au peu de moyen qui lui sont accordés et à la malchance qui colle à la peau de certains. C’est un récit pour lequel on peut tous se sentir concerné.


Tout au long, je me disais, et elle est où, la bonne solution ? C’est quoi, l’échappatoire ? Comment on sauve les gens qui ont déjà tout perdu ? Il n’y a pas de solution dans Sale Gosse, ce n’est pas sa vocation. Simplement de dépeindre un portrait social, tellement humain qu’il est aussi triste que bourré d’espoir.


À présent je n’ai qu’une envie : mettre ce livre entre les mains de tous ceux que je croise, et rencontrer l’auteur, l’entendre raconter, encore, autrement, oralement, ce monde-là qui n’est pas de la fiction.