• librairieenfolie

Nice, 14 juillet 2016…


Un premier texte suite aux attentats de Paris donne le ton à ce malheureux second hommage…


Huit mois plus tard, c’est ma petite sœur qui se retrouve à ma place, son corps potelé d’enfant contre l’asphalte brûlant de juillet. L’instant d’avant, elle avait des étoiles plein les yeux, les innombrables lumières des feux se reflétant encore dans ses pupilles. Ses oreilles sifflaient encore du boom des pétards, et son cœur tambourinait de son écho. Elle avait le nez en l’air, comme si elle avait stoppé le temps, mis sur pause les étoiles colorées de ce soir-là, comme si elle seule les voyait toujours. Elle n’a pas vu le camion dans son dos. Elle ne l’a peut-être même pas entendu, tant l’écho du feu d’artifice lui emplissait les tympans. Mais elle a été propulsée, son petit corps de maternelle fut heurté par la carrosserie blanche et elle a volé. Avant d’avoir compris de quoi il s’agissait, elle a épousé le bitume. Son avenir quant à lui est resté en suspens, dans les airs avant qu’elle ne retombe. Comme ils diront tous, elle a rejoint les étoiles qu’elle regardait, mais ce n’était pas ce qu’elle désirait. Elle était heureuse de toute cette magie, le cœur léger pour affronter les petits tracas de la vie, elle était heureuse d’être née à cette époque, de n’avoir pas à se battre pour une liberté, de son petit âge elle n’en était pas consciente mais elle était confiante, bien dans son monde. Son insouciance ne flotte même plus dans l’air marin, tant ce fut barbare.


Elle est avec moi maintenant, et ma main dans la sienne, vide de sa poupée qu’elle trimballait encore il y a quelques secondes, je regarde nos parents. J’avais éprouvé une douleur immense le jour où j’avais moi-même goûté le sang, mais aujourd’hui je ne sais pas s’ils pourront s’en remettre. Ils continueront de sortir, malgré tout, car leur vie à eux ne s’est pas arrêtée ces soirs-là, mais l’espoir n’y sera plus. Leurs pupilles fades, que déjà les éclats du feu d’artifice avaient du mal à redorer, sont sèches de larmes tant l’horreur est grande, à couper le souffle.


J’ai peur pour leur avenir, je ne veux pas qu’eux aussi sentent le noir rugueux du goudron contre leur joue. Mais j’ai aussi peur que leurs prochains jours sur terre ne soient qu’un triste retour en arrière, comme une perpétuation inévitable de l’histoire, comme un cercle vicieux. J’ai peur qu’ils cessent de voir la couleur de la liberté, celle que l’on célébrait, celle pour qui ma sœur est morte sans l’avoir demandé.


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