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© Margot Mucci

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Miss Jane, Brad Watson

Dans la campagne américaine, juste avant la seconde révolution industrielle, naît Jane. Elle a à peine quelques heures que déjà la sentence tombe : une malformation l’obligera toute sa vie à cacher son incontinence permanente et la condamne à un destin solitaire. Jane ne pourra pas jouir de relations sexuelles, ni fonder une famille. Quand ce qui semble pour tout le monde la plus grande des malédictions, Miss Jane, pétillante et pleine de vie, s’évertue dès l’enfance à les détromper. Elle sera heureuse malgré tout. C’est avec un grand courage et une rationalité pourtant pleine de magie que Jane accepte sa condition. Elle mène dans son sillage l’odeur honteuse de ses “accidents”, ses incontinences, sans l’empêcher pour autant de lui voler ses brefs instants de joie. Tout ce qui fait les paillettes d’une vie, les instants volés, elle les décuple. Quand ses parents et sa soeur ne voient que des contraintes, elle aime la ferme et la chérie. Ce sera son chez elle, son amour, son repli de solitude.


Si l’on suit Jane de sa naissance à sa mort, cela nous permet également de parcourir le siècle. En effet, la vie à la ferme devient de plus en plus difficile à mesure que la ville se développe. Le milieu urbain est lui aussi dépeint. On s’aperçoit que chaque milieu correspond au caractère de chacun et que tout le monde devrait être libre de choisir son environnement. Le progrès rogne petit à petit le calme tranquille de la ferme mais n’apporte pas avec lui son lot de réelles prouesses.


La plus grande leçon de vie du roman se trouve à l’adolescence de Jane et à sa découverte des garçons. Jane ne sait que trop bien qu’elle sera privé de l’amour charnel, et noble qu’elle est se défend d’imposer sa situation à un homme. Elle les fuit et les recherche à la fois. C’est dans cette découverte du désir, si poétique, que se trouve pour moi le coeur de ce roman. Miss Jane, elle, a aimé. De tout son coeur, de tout son corps. Elle a connu l’amour, le vrai, celui que peu vivent à cette époque. Et, privée de l’amour charnel, elle a observé celui des autres, s’abreuvant violemment et poétiquement de ce qu’elle ne pourrait vivre que par procuration.


C’est un roman sur le désir, avant tout, mais aussi une réflexion plus profonde sur l’essence de la vie. Suffit-il d’un époux ou d’une épouse dans sa vie pour être heureux ? Et dans cette Amérique rurale du XX°siècle, la tutelle d’un homme est-elle nécessaire pour survivre ? Miss Jane détrompe tous les carcans, mène son heureux petit bonhomme de chemin, seule sur les sentiers battus. Elle s’apprivoise elle-même pour se tenir seule compagnie. Un roman original, bien loin de ce que l’on a l’habitude de lire. Une poétique nouvelle, un sujet inédit. Au début, j’ai adoré ! Cette fraîcheur apportée par ce renouveau, cette lente poésie, puis à la longue ça a vraiment été lent et long… C’est dommage, en évitant certaines longueurs (qui font en même temps partie du jeu pour pouvoir rendre toute une vie et cette languissante solitude), le roman aurait gagné en dynamisme et le lecteur, plus emporté, aurait vraiment adoré. Un bon roman tout de même.















Merci aux éditions Grasset et à NetGalley pour l’envoi de ce roman qui sort aujourd’hui (5 septembre) en librairies !