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Mer agitée à très agitée, Sophie Bassignac

Collée contre sa mère, l’adolescente alluma sa blonde et balança sa fumée au plafond, rêveuse comme une salariée en pause. (p.29)
L’odeur de sucre chaud du stand de sucettes maison, spécialité de la station depuis on ne savait plus quand, enroba Maryline dans des relents d’enfance. (p.89)
Une femme qui ne faisait pas l’amour n’en faisait pas un plat, pensait-elle, alors qu’un homme qui ne faisait pas l’amour était un homme malade. (p.123)

C’est un roman si étrange, si complexe, que j’ai mis un bon moment avant de réussir à émerger, à en tirer quoi que ce soit. Ca foisonne de toutes parts, il y a trop, il y a tout. Tous les genres à la fois, tout de la vie et de la mort. Si jamais je parvenais enfin à en tirer une “conclusion”, un fil directeur, immédiatement je me rendais compte que je laissais une partie de côté. Il faut le lire pour comprendre, pour tout saisir, et se faire soi-même sa non-idée du roman. Même si ce sera dérisoire, j’essaie tout de même de vous livrer un résumé et mes impressions.

Aaah Maryline. Ce nom nous évoquera toujours une personnalité complexe et envoutante. L’héroïne n’échappe pas au carcan de son prénom. Bretonne d’origine, partie 10 ans à New York se faire tirer le portrait sur les pages glacées des magazines, épouse d’un rockeur au coeur épris de coke, Maryline revient à son premier amour. À ses premières amours. Elle réintégre sa crique bretonne et retrouve celui qui avait le premier volé son coeur.

Dans sa maison de Ker Annette, transformée pour les étés en maison d’hôtes, défilent d’incongrus personnages. Autour d’une Maryline sur qui tous se retournent, gravitent William – son mari rockeur et en rémission dope – , Giorgia – leur ado conflictueuse – ,  Annick – la timide femme de ménage, battue par son propre mari – , Miss Merriman – bostonienne aux allures… vous verrez – , et les amis de William : Flagg – le torturé – , et Herr – le psychopathe dépressif mais adulé – . Voyez déjà comme cette étrange marmaille grouille plus que les remouds des vagues en contre-bas. Ajoutez à ceux-ci Simon – l’amour de jeunesse de Maryline – , les voisins indiscrets, et les hôtes de passage qui ne font pas que passer dans l’histoire – les japonais et leur philosophie – , et vous obtenez Mer agitée à très agitée.

Si les caractères se mêlent, les genres aussi. On oscille entre roman policier – une femme a été retrouvée morte sur la crique – , histoire sentimentale – le grand retour du si parfait premier amour – , roman philosophique – on y discute et y rencontre la psychose et le bouddhisme. Cela peut être en effet quelque peu déroutant, mais on se laisse prendre si facilement, on suit ce cours d’eau inconnu qui remonte vers Ker Annette et ses élans de vie. Car c’est bien la vie qui s’exprime ici. La vie dans son intégralité, son blanc et son noir. Les joies simples de la vie, les plaisirs salés et les souvenirs de l’enfant, les journées belles et longues de l’été, les amitiés. C’est aussi le revers de la médaille, la vie qui crie famine. Les petits bonheurs de Maryline se heurtent aux échos sombres des personnages qui l’entourent. La marée monte et les larmes affluent. La solitude et la mort s’enfilent dans les grains de sable. C’est la vie dans son intégralité, belle et heureuse de finir un jour. C’est les sentiments sans ressentiments, la liberté au bout du coeur.

Au milieu de tous ces fragments de vie pure, Maryline chemine. Nous avec, entre poésie, tracés salés, et accords de rockeur. Ironie et philosophie, on a envie de tout noter, tout est beau hors contexte, puisque de toute façon, ce contexte-ci est si flou, ou trop immense.


J’adore / Très bon / Bon / Livre de plage / Moyen / J’ai du mal…


Tulip’s Song :

Il était inévitable de piocher dans la playlist de William. Puisqu’il faut n’en garder qu’une, ce sera Gimme Shelter des Rolling Stones.


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