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Le liseur du 6h27, Jean-Paul Didierlaurent



Aujourd’hui, j’ai lu Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent. Oui, un livre en une après-midi. J’avais envie d’une lecture légère, vraiment légère, et d’un décor actuel. Bref, j’ai plongé dans la littérature contemporaine.

Pour une fois, les quelques lignes de la quatrième de couverture ne découvrent pas l’intrigue. Mais peut-être qu’il n’y en a pas, d’intrigue ?

Je commence ma lecture, sur le balcon sous les rayons du soleil quand le décor est sombre. Les romans commencent toujours à des points stratégiques. Soit nous découvrons un personnage au fond du gouffre et l’histoire concernera sa remontée hors de l’eau, soit s’ouvre sur un bel idéal et nous assistons à la dégringolade de ce joli tableau, à la descente aux enfers du protagoniste. En gros, dans un schéma classique. Qui dit livre en avant des catalogues Fnac, dit schéma classique, « facile » si je puis dire. Les premières lignes donnent donc à voir un morne quotidien, j’ai du mal à rentrer dedans, relisant plusieurs fois la même phrase, rien ne percute. Finalement, je passe un seuil et me laisse prendre au jeu. Description de l’usine, il y a quelque part presque un coté Prose du Transsibérien sauf que les descriptions imagées de ces essieux grinçants ne sont pas élogieuses. Les pages avancent, les éléments s’assemblent, le puzzle se fait, mais où va l’histoire ? La littérature contemporaine a cette particularité d’avoir une écriture fluide entraînante et plaisante, on lit, on lit, sans réel fond. Le tableau posé, il arrive enfin un changement, une quête, mais rien de satisfaisant. Je me fais la remarque « tiens, à mi-chemin du roman, il n’y a toujours pas d’histoire d’amour ». Bah oui, c’est tout de même le sujet de prédilection de la littérature contemporaine. C’est avec cette réflexion que je reprend tout en considération. Ce petit roman a donc quelque chose de différent. C’est intéressant. Et je me rend compte qu’il a ce que je cherchais, ce pour quoi je l’ai ouvert. La propriété de ne rien dire, de raconter le quotidien, le notre, rien de quoi nous faire nous évader, mais il nous fait tourner les pages sans s’en rendre compte, c’est un livre où il ne se passe rien, rien que les petits détails de la vie en lumière, les illusions perdues, les espoirs qu’on a encore, les sourires qui changent tout, ou le matin du pied gauche, rien que la vie dans toute sa platesse, rien de rêveur, de grandiloquent, et j’aime lire le quotidien avec de jolies phrases, où il n’y a pas réflexion, où ce qu’il faut voir est pointé du doigt, qu’il n’y ait pas d’effort à faire, juste à se laisser porter au rythme de la plume. Oui quand même, c’est joli. Presque poétique, les mots sont choisis, ça se sent, il y a désir de broder le quotidien, de le modeler, de nous le faire voir avec un peu de beau. (Oui d’accord, je m’arrête là. Un petit livre qui parle de rien, plaisant mais pas notable non plus). Ça, c’était pour la première partie.

Ensuite, la routine bascule, événement perturbateur. Bon, comme toute littérature contemporaine, si l’on ne s’attend pas forcément à cette péripétie-là, on sait néanmoins comment elle va s’achever. Histoire d’amour. Oui, il fallait bien. J’hésite donc. Ce roman a-t-il simplement tarder à démarrer ? La quête de l’auteur changée en route ? A-t-il vraiment voulu ces pages de mots sur le quotidien ou bien n’a-t-il pas su amener ses péripéties ? Roman raté ou finalement deux aspects dans le même livre ? Et là, c’est mieux. Oui, je n’avais pourtant pas envie d’une histoire d’amour, mais finalement ça n’en ait pas vraiment une, on s’en moque, presque, de cette histoire d’amour. Ce qui compte, ce sont les deux histoires. Il faut que j’explique. Lui, s’en allant à l’usine dans le 6h27 lit à voix haute les quelques pages de livres sauvés de la broyeuse (il travaille dans une usine qui broie les livres invendus pour en refaire de la pâte à papier) et elle perd sa clé usb dans ce 6h27. Bien évidemment il la récupère, curieux regarde les fichiers, et découvre un journal intime. Oui, cette fille écrit et ces fichiers sont ces écrits. Ni une ni deux il tombe sous le charme de cette dame-pipi (bah oui, la littérature contemporaine, c’est classe). Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il va désormais lire les textes de cette Julie (ça aussi, c’est très fin, d’appeler cette future petite amie « Julie »). Et alors là, c’est une mise en abyme, une histoire dans une histoire, deux points de vue, deux humains au bas de l’échelle, un homme, une femme, l’usine, le ménage, le morne quotidien, la non-considération mais des amis pour les sourires, et puis évidemment la solitude. Mais plus que les personnages ce qui est intéressant c’est de passer d’un morceau de vie à l’autre, d’une histoire à l’autre, de voir comment tenir le coup dans ce métro-boulot-dodo. Puis passer d’une histoire à l’autre permet aussi de ne pas se lasser, et quelque part c’est bien, ça dynamise le récit. Les textes de Julie apportent une bouffée d’air frais, un quotidien plus rose, cru mais poétique aussi.

La littérature contemporaine, c’est donc une recette assez simple et récurrente. Une écriture fluide, mais qui ici ne cherche pas uniquement à satisfaire le récit, il y a envie d’écrire pour écrire, un récit tout simple, ici qui s’autorise le rien, et bien évidemment deux âmes solitaires en mal d’amour qui vont miraculeusement se trouver, deux êtres en marge de cette petite société source de bien des maux, bien des cruautés inhumaines.

Ah oui, la littérature contemporaine a par contre un problème. Outre le conte du vingt-et-unième siècle (dont le schéma est évoqué avant), la littérature contemporaine a vocation à la comédie. Oui, bon. Pour cela, les temps ont changé, les bonnes manières envolées, on n’hésite pas à utiliser les sujets taboo, qui font encore un peu grincer des dents certains, il y a désir de « choquer », de dire ce qui ne se dit pas. Bref, on parle pipi-caca sans problème, ça devient même le sujet par excellence ou alors je suis très mauvaise pour choisir un roman. D’abord, cela remonte un peu, ce roman avec le fait de se retenir de pisser qui procure du plaisir (j’ai nommé Marie d’en haut, Agnès Ledig. Malgré cela un incroyable roman, au passage.) Cette fois-ci, c’était drôle. Ensuite hier et le Amélie Nothomb. Une descente aux enfers dans l’entreprise, et elle se retrouve à nettoyer les chiottes. Et enfin là, elle est dame-pipi. Bon… je pense qu’on a un sérieux complexe. Ça ne me dérange pas, j’ai simplement l’impression que ça devient un nouvel ingrédient à la recette, un nouveau maillon du schéma, et ça perd par conséquent tout intérêt.

Par contre la fin est niaise ! Beurk, les cinq dernières pages puent le romantisme, suent de fleur bleue, d’évidence et de platitude, c’est une fin de roman d’amour, alors que ça n’avait pas commencé pour.

Finalement, la littérature contemporaine, si tout se ressemble rien n’est pareil pour autant. Chacun a sa particularité, sa patte, ce qui reste certain, c’est que ces romans sont un bon moment, un agréable livre de plage léger, lu dans la journée, pensé encore le lendemain, mais oublié le surlendemain. Je crois que mon vrai plaisir est de lire le livre dans la journée, parce que ça s’enchaîne vite, c’est fluide. La littérature contemporaine, ça vide la tête tout en nous ressassant notre quotidien (quelque part, c’est fort).


J’adore / Très bon / Bon / Livre de plage / Moyen / J’ai du mal…


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