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© Margot Mucci

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Le guetteur, Christophe Boltanski

Le guetteur porte si justement son titre. Aussitôt, nous sommes plongés dans un jeu, comme un cache-cache géant, sans trop savoir qui cherche qui. Comme un éternel recommencement, comme le chien qui se mord la queue, comme autant de mises en abyme, ce roman résonne d’échos intérieurs. Différents récits se superposent, différents observateurs, eux-mêmes observés. C’est un labyrinthe, une énigme de papier.


Dérouté au début, on finit par comprendre quelques ficelles, associer certaines images, et tout s’éclaire. Nous voilà tout fiers d’avoir trouvé le sens, assemblé le puzzle. Mais quel lecteur naïf faisons-nous ! Si tôt que l’on a tissé un morceau du tableau, l’auteur tire sur une autre ficelle et défait nos liens. Les connecteurs logiques que nous avions placés ne sont plus, tout se casse la figure, aucun raisonnement ne tient plus debout, chaque pion placé revient à la case départ. Et l’on repart, à nouveau perdu, déboussolé. L’auteur joue avec nous et les personnages entre eux. Les liens se font et se défont. L’observateur devient l’observé, l’arroseur arrosé, on ne sait jamais vraiment qui est qui.


Différents récits se superposent pour bien entendu finir par s’entre-croiser. J’ai beaucoup aimé les passages méta-discursifs sur l’écriture du polar, qui sont par ailleurs l’occasion de nombreuses mises en abyme :

“Tout projet d’écriture part d’une obsession. “À quoi bon, demandait Georges Bataille, un roman auquel son auteur n’a pas été contraint ?” “.

et permettent également de dresser le portrait de la mère :

“Avec ses mots, ses choses consignées jour après jour, cherchait-elle à remplir un vide ou évacuer un trop-plein ?”“Des gens dont elle ne connaissait que les tombes fleuries à la Toussaint, au pied d’un rocher de granit en forme de pain de sucre et le récit de leurs longs séjour en sanatorium, quelque part dans les Vosges ou en Savoie.”

En revanche, j’ai eu plus de mal quant à ceux qui développent le vaste réseau du FLN. Trop de noms, surnoms, de personnages que je n’arrivais pas à rattacher au récit principal. Bien sûr, une fois le roman refermé, ces passages apparaissent comme essentiels.


En bref, pour apprécier Le guetteur de Christophe Boltanski, éditions Stock, il faut accepter de se laisser emporter, de ne pas tout saisir, et en même temps de tout chercher. Comme dans un polar, le lecteur est actif, traque les indices, il faut qu’il soit attentif pour remettre un semblant d’ordre, de chronologie. Il faut aussi accepter que tous ces efforts soient réduits à néant la page suivante. Il faut se laisser emporter, avec le narrateur, le suivre sur les traces mystérieuses de sa mère.

“Je faisais le mort, elle était en train de mourir.”