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© Margot Mucci

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Le brio, Yvan Attal


Le brio, film de Yvan Attal


avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana

Etudiant en Lettres, j’avais cette année un cours sur la rhétorique. Son histoire, ses auteurs, ses moyens. Fait par une professeure passionnée et dynamique, j’ai appris avec plaisir plein de choses sur cet art de l’éloquence. Aussi, quand est sorti en salles (en novembre 2017) Le brio, j’ai tout de suite été très emballée. En me levant de mon fauteuil rouge, 1h35 plus tard, j’étais pourtant un peu déçue. Très heureuse qu’un film sur ce sujet ait été réalisé, il n’est d’ailleurs pas mauvais, il aurait cependant pu être bien meilleur. Retour à la loupe sur mes impressions :

Tout d’abord, j’ai été fortement irritée dès le début du film, lorsque j’ai entendu que la rhétorique sert à “convaincre” son auditoire. Alors que non, non, non ! nos professeurs, depuis plusieurs années et durant ce cours de rhétorique tout particulièrement, nous ont martelé la différence entre “convaincre” et “persuader”. Il s’agit de “convaincre” par les faits, la science peut convaincre, et de “persuader” par le discours, la parole. J’étais d’autant plus étonnée d’entendre résonner à mes oreilles cette grossière erreur, ce lexique inapproprié, alors qu’il s’agit de l’une des premières distinctions à connaître, que le reste du film contient des références littéraires très justes. Il y a donc forcément eu recherches préalables, on n’invente pas des citations de traités de rhétorique, aussi je m’étonne que cette impropriété lexicale ait pu se glisser dans cette savante présentation…

Mais passons là sur ma surprise première, mes oreilles qui sifflent, et mes yeux qui s’arrondissent d’horreur, la suite est plus positive. 

Ce film, c’est l’ascension de Neïla Salah, aidée par son exaspérant professeur Pierre Mazard. Ce sont des aller-retours entre la banlieue parisienne, Créteil, et le cœur de Paris, l’université Assas. Entre des personnages un peu brutes mais plein de cœur et d’autres érudits mais perfides. Entre des décors de béton gris et des halls majestueux. Entre les survêtements et les costards. Aussi, rien d’étonnant à ce que Neïla tombe sur le sujet suivant au premier tour du concours d’éloquence pour lequel son professeur l’a préparée : “L’habit fait-il le moine ?”, une aubaine, penserait-on. Mais le film n’est pas de cet avis, les prouesses rhétoriques ne sont pas encore là, il faut au spectateur de la patience. Pour l’instant, il nous est donné à voir le racisme, la moquerie, la supériorité. Neïla est coincée entre deux mondes. Et c’est justement cela qui est intéressant. Le film avait plusieurs niveaux à explorer, et s’il le fait, les explore, les niveaux secondaires restent pour autant trop secondaires.

En effet, le film s’articule autour de l’intrigue centrale qui est celle du concours d’éloquence. Nous voyons des scènes de cours, d’entrainement, puis les scènes de joutes verbales. Les progrès de Neïla sont mis en évidence. Les discours sont de plus en plus réussis, de plus en plus longs à l’écran aussi, pour notre plaisir d’auditeur, et Camélia Jordana incarne parfaitement le personnage, sa voix de chanteuse porte et résonne si bien. C’est un plaisir pour qui aime les mots, qui aime les entendre.

Mais Neïla, au milieu de deux mondes, deux cultures, de tant de codes différents, se perd. Toute cette question de l’identité, des origines, savoir qui l’on est, d’où l’on part, où l’on va et ce que chaque monde a de positif et de négatif, savoir tirer parti des deux, et surtout les concilier, c’est une problématique d’actualité. Certes, elle renvoie personnellement à des difficultés, des situations auxquelles j’ai dû faire face, et c’est pourquoi j’avais à cœur qu’elle soit plus approfondie. Mais cela permet également d’insérer toute la problématique de l’éthique dans les discours rhétoriques. Elle avait donc tout intérêt, également pour cela, à être davantage présente à l’écran. C’est mon regret. Le film soulève plein d’interrogations annexes, très pertinentes, mais qui sont simplement évoquées, c’est au spectateur de savoir ou non les saisir.

La fin, bien qu’évidente, reste très belle.

Un beau film tout de même, qui aurait gagné à être plus abouti. 

Fiche technique du film et bande annonce : ICI