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© Margot Mucci

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La couleur des sentiments, Kathryn Stockett

J’ai achevé ce roman il y a quelques mois déjà, et ma chronique restait en suspend. Impossible de coucher mes impressions sur le papier. Impossible même de les formuler en mon esprit. C’était particulier, comme sensation. Ce vide, et pourtant tant de choses à dire. Alors j’ai attendu de visionner le film. Peut-être que cela allait m’aider. Le film étant très bien réalisé et très fidèle au livre, j’ai éteint la télé toujours en proie aux mêmes sensations. Bon… Essayons quand même un petit débrif’…

Ce roman nous propose finalement une réflexion sur plusieurs thématiques universelles. À travers ce récit de lutte contre une domination, nous apprenons l’amitié, la trahison, l’engagement. C’est un roman empli de tellement de vies.

Sur l’amitié, et la haute bourgeoisie, il nous apprend beaucoup. En effet notre regard est attiré sur les codes qui régissent les privilèges mondains, et ces codes-là priment malheureusement sur les sentiments. Hilly, forte de son pouvoir (de son argent) fait régner sa loi. Elizabeth Leefolt, qui est parfois pleine de tendresse pour Skeeter, est très vite réprimée par Hilly. Le paraître avant l’être, c’est le mot d’ordre de cette société et de ces amitiés, fausses, pour beaucoup. Le personnage de Celia Foote est également victime de cette devise. Et pourtant, elle est si touchante Miss Celia, si vraie, si pimpante, si combattive, j’ai adoré son personnage !

Le roman est empli de personnages féminins. Si nombreuses sont celles qui s’écrasent pour plaire à la populaire Miss Hilly, beaucoup d’autres ont du culot à revendre. Et on adore ! Quel humour. Un condensé de destins de vie, un mélange de femmes fortes, de gros caractères ; voilà ce qui fait la force de roman.

Il propose également une réflexion méta textuelle sur l’écriture, surtout au travers des personnages de Skeeter et d’Aibileen. Comment écrire ? Avec le cœur, les tripes, ou la plume professionnelle… Sur quoi écrire ? Des conseils ménagers ou un sujet de polémique… À l’époque de ce roman s’ajoute aussi la question : sur quoi a-t-on le droit d’écrire ? Peut-on prendre de si grands risques pour un livre ? Et, aussi, quelle portée un livre peut-il bien avoir ? Cette dimension est un des enjeux principaux de ce très beau roman.

En échangeant avec beaucoup d’entre vous sur Instagram, j’ai pu me rendre compte que ce livre vous avait beaucoup marqué. Qu’il était un “roman phare”, un de ces romans incontournables que l’on se doit de lire, un de ces chefs-d’œuvre auquel on repense souvent. Et si j’ai eu du mal à émettre un avis sur ce roman, ce que je peux aujourd’hui dire, c’est que moi aussi, j’y repense. Et j’y repense avec plaisir. Une douce nostalgie.

Certains passages sont extrêmement percutants, aussi bien hors contexte, pour tout ce qui concernent les réflexions sur l’apertheid. Je n’ai pas tout relevé, j’avais envie de laisser l’univers particulier de ce roman bien protégé dans ses propres pages. Aussi je ne vous livrerai que ceci, qui, je pense, nous parlera à tou.te.s, ami.e.s des livres.


Je suis épuisée et irritable. Depuis quarante-huit heures je ne fais que taper à la machine. Je suis abrutie, la tête pleine d’histoires de vies qui ne sont pas la mienne. L’encre me pique les yeux. J’ai les doigts striés de petites coupures provoquées par le papier. Qui se douterait que l’encre et le papier peuvent être aussi cruels ?

Ce roman est foisonnant !


J’adore / Très bon / Bon / Livre de plage / Moyen / J’ai du mal…