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© Margot Mucci

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L’enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi

À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de le veille et calcule l’ordre du monde.Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre.Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits…Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ? Alors que l’île s’interroge, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.


Ce roman est très beau, la plume est douce, très agréable. De plus, il a cette particularité de traiter de plusieurs sujets, qui se heurtent, n’ont rien en commun, mais s’entrecroisent ici. J’ai été particulièrement touchée par le petit Yannis, autiste asperger, et par la façon dont on le découvre, lui et cette maladie, la façon dont on entre dans son intimité, en marchant sur les pas d’Eliot.

Eliot, si touchant lui aussi. Venu faire le deuil de sa fille chérie, marcher dans ses pas, retrouver son essence, et qui se retrouve à apaiser et faire grandir Yannis de sa présence rassurante. Eliot, cet américain au sang grec, étranger à l’île qui pourtant l’apprivoise en son sein, en ses pierres, en son architecture et son histoire, son sang.

Et Maraki, désespérée, qui porte sa lourde vie sur ses larges épaules. Mais sa lourde vie, elle déborde, parfois. Heureusement, il y a Eliot. Qui la soulage avec Yannis, qu’elle puisse prendre le temps de travailler, et qui la soulage dans son cœur, aussi.

Il y a également le grand débat politique qui demande à l’île de choisir entre le Périclès Palace et le projet d’école. Cela soulève de grandes questions, et l’on se dit qu’à la place des Kalamakiotes, nous serions également bien en peine de choisir. Cela soulève des questions politiques, diplomatiques, démocratiques, journalistiques… tout un tas de questions qui viennent perturber l’ordre du monde sur la petite île.

Il y a également une part de spiritualité, avec le personnage atypique de Kosmas. La leçon qu’il tire à la fin du roman nous fait nous tourner les méninges en tous sens, mais c’est avec grand plaisir.

Il y a également dans un roman un aspect mathématique ; à la fois avec Yannis et son besoin de tout compter, avec Eliot et ses travaux d’architecte autour du Nombre d’Or, et avec les projets pour l’île qui entraînent fortes spéculations économiques. Mais il y a également une poésie des paysages, une beauté qui transcende tout, une émotion, un panel de couleurs.

“Des coquelicots comme je n’en ai jamais vus ! Immenses ! Et rouges, papa, rouges ! D’un rouge si chaud ! Il y en a des milliers, peut-être même des dizaines de milliers ! Je regarde les théâtre qui m’entoure et j’ai le sentiment de me trouver au cœur d’un immense brasier.” (p.18)

Finalement, s’il y a beaucoup d’éléments disparates, tout finit par se recouper, se termine sur un unisson. Disons, sur un nouvel ordre, pour faire plaisir à Yannis. Tout s’alterne, se superpose, toujours avec un entrain particulier, un univers propre à l’auteur, que j’ai beaucoup apprécié. Je vous invite à le découvrir (si ce n’est pas déjà fait) et je m’en vais quant à moi ouvrir ses nombreux autres romans.