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Jean-Philippe Toussaint

J’ai découvert Jean-Philippe Toussaint et ses romans courts, son style tellement à lui, et j’ai lu trois de ses œuvres en peu de temps. Faire l’amour, La réticence, L’urgence et la patience. Etrangement, d’un texte à l’autre, mon avis diffère beaucoup. Il faut dire que ses projets également.


Jean-Philippe Toussaint hérite de ce “courant” que l’on nomme le Nouveau Roman, ce même élan d’écriture et de refus des règles qu’Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, entre autre. Il fait partie de ceux qui donnent un nouveau souffle à la littérature, une nouvelle forme, et moins d’histoire. Et, parfois, j’adore. Cependant comme tout ce qui dénote, ça plait ou ça ne plait pas.

Faire l’amour

Premier roman d’une série de quatre autour du personnage de Marie. Le cycle M.M.M.M.. Un nouveau tournant dans la poétique de Jean-Philippe Toussaint qui ose cette fois-ci la psychologie (totalement en horreur des écrivains du Nouveau Roman). Avec réticence tout de même, il construit une histoire un peu plus “structurée” que celles de ses derniers romans. Il nous décrit l’histoire d’une rupture, qui n’est d’ailleurs pas une histoire mais la description d’un état :

« Qu’avais-je à faire à Tokyo ces jours-ci ? Rien. Rompre. Mais rompre, je commençais à m’en rendre compte, c’était plutôt un état qu’une action, un deuil qu’une agonie. » (p.106)

Jean-Philippe Toussaint nous propose une atmosphère à la fois douce et “acide” (si vous avez déjà lu le roman, ce terme résonnera en vous).

« Le jour se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou du cul »

Ce livre, ce n’est qu’une alternance de contrastes, de moments d’inspirations cinématographiques et littéraires, de quotidien et de songe, de caresse, tendresse et de violence, d’amour et de haine. Ce n’est qu’une cheminement au coeur de l’humain, sans d’autre fil rouge que Marie, le flacon d’acide, la rupture. Des éléments disséminés. Finalement, ce roman à l’aspect plus psychologique, où l’on sent l’intrigue se renforcer mais dont on nous éloigne sans cesse, ne diffère pas tant du Jean-Philippe Toussaint que l’on a connu auparavant.


Pour ma part, c’était le premier roman que j’ai ouvert de lui. J’ai bien aimé, justement séduite par cette alternance continue, de registre de langue et d’atmosphère, et disons la bipolarité des personnages.


La réticence

Une vague intrigue autour d’un “chat mort dans le port”. Entre roman policier et roman minimaliste, le narrateur-personnage nous entraine dans sa paranoïa. Le lecteur est perdu au milieux des attentes d’un suspens qui n’aboutit pas. Entre suspens et désillusions. Un roman qui tourne en rond, nous laisse un peu perplexe. Pour moi, il “manque quelque chose”. Mais cette absence de quelque chose, c’est justement le projet de Toussaint, c’est la “réticence” même. Je n’ai pas accroché, vraiment pas, mais peut-être que d’autres raffoleront de ce projet novateur.


L’urgence et la patience

“Dans la perspective même d’écrire, ne pas écrire est au moins aussi important qu’écrire.”

Dans cet essai, Jean-Philippe Toussaint nous livre ses secrets d’écriture au fil du temps. Nous visitons ses bureaux de travail et ses sentiments face à chacun de ses romans. Plein de petites maximes qui résonnent en nous, ce bref texte nous plonge au coeur de l’intime, de l’autre côté du miroir : celui de l’écrivain à sa table. Jean-Philippe Toussaint n’est pas secret ni réservé, il a d’ailleurs légué les brouillons de La Réticence à la bibliothèque universitaire de Grenoble. Il s’analyse et nous sommes ravis de voir quels mécanismes ont pu produire des œuvres parfois sensiblement différentes. Il s’analyse, certes, mais avec humour, toujours !

“Voici l’anecdote : ce matin-là, cet universitaire polonais (retenez-moi, ou je le décris, on se voudrait essayiste et je glisse inexorablement vers la fiction)”

En ce qui concerne cet essai, c’est à lire !

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