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© Margot Mucci

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J’y étais : Livre Paris 2019



Il était une fois, cinq amis à Paris s’en allant. Impatients et fébriles de découvrir dans la grande ville les figures de leur passion. Les yeux qui brillaient d’ambition et de fatigue aussi. Le réveil les avait levés à l’aube, la pluie les avait mouillés à l’os. Quand ils arrivèrent, après avoir lutté contre les incidents perturbants les rames de métro, le creux de leurs ventres grondait. S’abandonnant à table et s’enthousiasmant de cette courte pause méritée, ils n’avaient pas vu la boisson se renverser. Elle avait penché lentement du plateau de la serveuse jusqu’à se déverser sur leurs sacs et leurs pieds. Ils s’épongèrent à grand renfort de serviettes jetables. La péripétie n’avait pas suffit à ternir le moral de la petite bande qui repartait la peau du ventre bien tendue. Les pas s’enchainaient malgré la fatigue, guidés par la vue du Salon au fond de la rue, quand celle qui rédige cet article s’arrêta net. Figée au beau milieu des pavés, incapable d’exprimer le dégoût qui s’emparait d’elle. Les rires francs de ses compagnons de voyage la délivrèrent : oui, un pigeon s’était bel et bien soulagé en vol. Alors que l’une s’esclaffait à s’en étouffer, l’autre prit les devants et, armé de mouchoirs de papier et d’un peu d’eau glané au fond d’une bouteille, entreprit de la débarbouiller. Les passants amusés prenaient garde de ne pas s’approcher de trop près. Rira bien qui rira le dernier, l’amie moqueuse s’était vue affublée de la même substance pâteuse. Elle lui ornait l’épaule. Le ballet des mouchoirs en papier reprit et nos rires de plus belle. Une amitié venait de se sceller, forte de ce moment embarrassant qui marquerait pour longtemps les esprits.


Dans le secret des derniers évènements, la petite troupe atteignit enfin son but et pénétra dans l’enceinte du Parc des Expositions. Et la magie opéra. Des allées labyrinthiques, des étals de livres à n’en plus finir, un eldorado pour futurs éditeurs. Il était temps de rassembler tout son courage pour aller se présenter. Ce que les réseaux sociaux ont de si particuliers, c’est qu’ils donnent l’impression de connaître des gens que l’on n’a jamais vus. Ils ont aussi cette particularité de maintenir dans l’irréel les projets qui pourtant ont un impact IRL. C’est ainsi que David, l’éditeur des Forges de Vulcain, apprit à celle qui rédige cet article que le challenge #varionsleseditions avait réussi son pari : de nombreux lecteurs avaient ainsi pu découvrir les (magnifiques) textes qu’il édite. Si @madame.tapioca, fidèle acolyte de challenge, avait pu l’entendre, elle aurait été heureuse aussi de la réussite du projet. Le stand L70 des Forges fut un peu le point de repère de la petite bande qui repassait sans cesse devant. L’enthousiasme battait son plein et les joies ne désemplissaient pas. Les rencontres s’enchainaient, Finitude, Le Castor Astral, L’Arbre Vengeur, Marchialy, Le Tripode… et autant de maisons regroupées sous le projet du challenge. Une pensée particulière pour Marion, chargée de la communication chez Gaïa, stand qui nous aura aussi vu défiler à plusieurs reprises. Encore un bel échange pour se rendre compte de l’impact réel d’un projet possible grâce au virtuel. La joie procurée par ces moments accroissait la timidité de celle qui rédige cet article et n’en finissait pas de faire battre fort son coeur. Comme pour l’enfant qui réalise son rêve, comme les matins de Noël, il y avait ce bonheur fébrile au bout des doigts, celui auquel on n’ose pas trop croire de peur qu’il ne s’évapore.


Les pieds et les échines de la petite bande étaient bien fatigués de tous ces kilomètres à pieds, les yeux luisaient cette fois plus d’épuisement que d’enthousiasme et, sur la promesse du lendemain, ils quittèrent le salon. Après un passage obligé au ravitaillement, des bouteilles de petites bulles dans le caddie aux côtés de légumes survivants de l’hiver, l’heure de la délivrance. Croyaient-ils. Quelle ne fut pas leur surprise sous la douche, instant qui s’espérait savoureux mais ne se révéla qu’un aperçu des Enfers. L’eau si chaude fumait et brûlait les peaux. “Au suivant !”, on y laissait sa place bien volontiers. Le récit de cette première journée étant déjà bien assez long, on taira l’incident du briquet échoué dans la cuvette. 22h sonnèrent et avec elles le feu vert pour rentrer chez la copine aux trois vies à mille à l’heure. Il fallut encore s’adonner à une ultime péripétie et cracher ses poumons dans le goulot d’un matelas pneumatique avant de s’abandonner pour la nuit.

Samedi matin, la bande aux yeux cernés était sur le qui-vive. Une nouvelle journée de folie les attendait. Cette fois-ci, sans incident majeur à déclarer. Ils s’usèrent de nouveau, passèrent les heures entre conférences et étals, à s’enivrer de leur passion livresque. Se perdre et se retrouver, atterrir toujours dans les mêmes allées, parfois au détour d’un carrefour en découvrir de nouvelles. Et sur le stand L70, encore et toujours lui, rencontrer les auteurs. Ceux qui se cachent derrière les mots qui eux-mêmes se cachent derrière les couvertures colorées. Faire dédicacer Etat de nature et rester sans voix quand l’auteur est capable de nous reconnaître. Ça reste bloqué dans la gorge d’émotions mêlées, de surprise et d’explosion d’irréel, une joie contenue, enveloppée de timidité.

Dimanche matin, la bande aux pieds usés était sur le pied de guerre, prête à conduire son enthousiasme au front. Premier et seul achat pour celle qui rédige cet article. Estelle-Sarah Bulle était présente en dédicace et les copains bookstagrammeurs avaient tellement chéri son roman qu’il était incontournable de la rencontrer. Pour un lecteur, les auteurs sont des stars de cinéma. Une fois la pensée gravée au stylo bille sur la page de garde, le livre contre le coeur, rejoindre les amis égarés.

Lundi matin, la bande aux sacs pleins était parée pour le dernier jour. En défilant dans les allées vides, bonheur privilégié d’un pass professionnel, les livres d’Anne-Gaëlle Huon attiraient l’oeil. Couverture bleue, mimosas et pelote de laine pour un récit qui annonce la tendresse. Encore un petit quart d’heure avant que n’arrive l’auteure. Encore un petit quart d’heure avant ce qui sera une rencontre inoubliable. Quelques échanges sur les réseaux, des story régulières, un sourire que l’on retient et reconnait de loin quand on le voit en vrai. La douceur d’Anne-Gaëlle était saisissante et son optimisme contagieux. Quelques mots à l’encre bleue sur la page de titre pour se souvenir de cet échange. Sur la montre les aiguilles défilaient, le rêve était compté. Plus qu’un déjeuner sur le pouce avec deux libraires (Marie @bookimia et Léann @polalivre), avec cette impression de les connaitre depuis toujours (la magie des réseaux, une fois encore). Ensuite les petits pieds fatigués ont parcouru les infinis couloirs du métro, sauté dans le train, et Paris a défilé par la vitre sale.

Les wagons éloignaient les péripéties et dans le bruit des rails les souvenirs prenaient corps. Parce qu’ils ne resteraient qu’eux désormais, et les mots sur les livres.