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© Margot Mucci

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De l'intérêt des bibliothèques

Ah, les bibliothèques. Cet idéal dérivé des cabinets de lecture qui permet de lire gratuitement — ou presque — est pourtant bien souvent controversé. Pour ma part, je n'ai toujours juré que par les bibliothèques. Certainement une question d'éducation. Ma mère trouvait que ça occupait efficacement les mercredis pluvieux et que je m'y plaisais plus que de raison. En revanche, je ne me souviens pas qu'elle m'ait souvent emmenée en librairie. Adolescente, je dépensais astucieusement mon argent de poche, nouvel acquis qui me donnait l'impression de jouer dans la cour des grands, dans des bonbons ou des magazines au bureau de tabac. Un choix certes peu judicieux mais il me semble incontournable. Sans doute que les livres me paraissaient inaccessibles puisqu'ils continuaient de figurer sur mes listes au Père Noël ou bien étaient-ils si présents gratuitement que je ne m'imaginais pas même désirer en acheter. Je n'avais pas encore ce vice du bibliophile qui consiste à avoir le coeur léger, rassuré, en regardant avidement ses étagères trop remplies. Alors la bibliothèque, c'était un lieu qui n'avait plus de secrets pour moi, et comme elle n'était pas très grande, les livres du premier étage consacré à la jeunesse n'en avaient plus non plus. Est-ce que j'ai TOUT lu ? Non, quand même pas tout. Mais presque. Heureusement que le temps a passé sur moi aussi, m'ajoutant quelques années au compteur et ainsi l'accès au rez-de-chaussée — et donc aux rayons adulte — de la bibliothèque. Là, j'avais enfin plus de choix. Et même lorsque j'ai eu mes premiers salaires et une indépendance accomplie, même quand j'ai intégré un master en métiers du livres, même maintenant que je suis "de l'autre coté" (c'est-à-dire que je participe autant à la production des livres qu'à leur consommation), je continue de penser bibliothèque. C'est effectivement un postulat qui ne plaît toujours aux libraires et aux éditeurs — à juste titre, puisqu'ils touchent peu voire pas d'argent sur ces livres partagés — mais dont je vais, tant bien que mal, prouver l'avantage qu'il représente pour eux aussi.




Une bibliothèque c'est comme une librairie sociale

Et comme pour une librairie ou tout autre commerce, on a le droit de choisir sa bibliothèque. Si nous ne sommes pas obligés de fréquenter notre pharmacie de quartier parce que l'accueil nous irrite le poil à chaque passage, nous ne sommes pas non plus obligés d'adhérer à notre bibliothèque municipale. Certes, c'est toujours mieux (proximité, gratuité, et vie citoyenne) mais sachez que vous pouvez vous inscrire dans n'importe quelle médiathèque. En principe, une cotisation annuelle qui avoisine la vingtaine d'euros vous sera demandée. Le calcul est vite fait : c'est le prix d'un grand format pour pouvoir lire une infinité de grands formats toute l'année. Et si vous creusez un peu, de nombreuses villes adoptent un plan pour la lecture publique et rendent les inscriptions gratuites pour tous ! Vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas flâner en bibliothèque comme vous flânez en librairie.


Et comme une librairie, une bibliothèque dispose d'une vitrine et de tables thématiques. Pas besoin de fouiller dans les rayons ou sur la base de données pour trouver votre bonheur. L'intérêt, c'est qu'à l'inverse des librairies les bibliothèques ont une politique qui consiste à mettre en avant le fonds. Vous alternerez entre nouveautés et pépites oubliées : de quoi trouver le livre parfait pour votre envie du moment.


Peut-être allez-vous m'opposer que les nouveautés, c'est le point faible des bibliothèques. Pas forcément. Si connaissez bien votre structure, vous savez qu'elle est pleine de ressources. La rentrée littéraire déchaine les passions et vous n'arrivez pas à mettre la main sur le roman que vous souhaitez absolument lire ? Pensez à le réserver ! Effectivement, si on vient au petit bonheur la chance en espérant l'apercevoir nous attendre tendrement sur le chariot des nouveautés, il y a peu de chances. Mais vous pouvez réserver les ouvrages, connaître votre rang sur la liste d'attente et ainsi compter les jours qui vous rapprochent de ce coup de coeur certain. Certaines bibliothèques limitent les prêts à deux semaines seulement pour les nouveautés ce qui permet de les faire tourner plus rapidement. Pour autant, si vous avez exploré toute la base de données et que cette prétendue pépite de la rentrée littéraire n'apparaît toujours pas dans le catalogue de votre médiathèque, n'hésitez pas à le proposer aux bibliothécaires ! Vous pouvez même effectuer la suggestion d'achat en ligne, les bibliothécaires étudient leur budget et la pertinence de votre requête (mais comme vous êtes un lecteur passionnant, ils auront autant envie que vous de découvrir le roman proposé) et décident de commander ou non le livre (très souvent, ils le commandent). Une fois équipé et disponible, le livre est réservé pour vous ! Oui, vous êtes donc le premier lecteur, avant même qu'il soit mis sur les étagères ! Si c'est pas digne du grand lecteur que vous êtes, je ne sais pas ce qu'il vous faut de plus.


Et comme une librairie, une bibliothèque, c'est également un lieu d'échange. De nombreux groupes de lecture y trouvent leur source, si vous aimez partager, vous devrez adorer. Mais si les autres lecteurs vous importent peu et que vous préférez rencontrer les auteurs, sachez que c'est également possible ! Il n'est pas si rare que des auteurs se déplacent en médiathèque, plus encore si un évènement (salon, foire du livre) se déroule dans la région. Là encore, si vous avez bien choisi votre médiathèque, vous avez des affinités avec les bibliothécaires et pouvez leur glisser l'idée d'une rencontre.


La bibliothèque, c'est la possibilité de se tromper

Tout l'intérêt d'une bibliothèque, c'est de pouvoir oser. En librairie, il faut choisir. On ne pourra pas tout acheter, alors on mise sur les valeurs sûres. Les livres qu'on est certain d'aimer. Surtout, ne pas être déçu. Rentabiliser son billet de 20. Mais en bibliothèque, on est libre. On hésite ? On emprunte. Arrivé à la maison, on feuillète avec plus d'attention. Puis on lit, la première page, puis une autre, puis un chapitre. Si on peine, on referme. On enlève le marque-page à l'intérieur et on rapporte. Il faut savoir abandonner les livres qui ne nous plaisent pas. La plus grande angoisse du lecteur étant bien évidemment celle de n'avoir pas assez d'une vie pour tout lire, n'allons pas risquer la crise de panique en se forçant à terminer un livre auquel on n'accroche vraiment pas. D'autant plus que ça risquerait de provoquer une panne de lecture, et là, c'est le drame. Mais parfois, on hésite, on emprunte, on lit. Une ligne, une page, puis tout le roman. D'une traite. On adore. Et c'est là que ça devient rentable pour toute la chaîne du livre. Ce roman qu'on a chérit, dont on a lissé la couverture du plat de la main le temps de le digérer, on a envie qu'il vive. Soit on l'achète pour soi-même, pour le choyer et se choyer, petit plaisir de remettre le nez dans un coup de coeur. Soit on l'achète pour les autres. Pour ma part, je n'offre que des coups de coeur, attachée à cette émotion particulière. Dans les deux cas, il y a une vente qui n'aurait pas été faite sans la bibliothèque, puisque vous n'auriez pas osé découvrir ce roman en librairie. Et si ce n'est pas ce roman-là que vous achetez, ce sera le prochain de l'auteur parce que ça vous démangera, parce que ce sera devenu votre valeur sûre. Et puis, si vous êtes un lecteur attentif et curieux, un lecteur qui n'a pas peur d'aller en bibliothèque, qui joue à s'étonner, alors vous vous direz que ce livre était quand même vachement bien. Que cet éditeur a eu du flair. Tiens, quel éditeur, au fait. Vous ouvrirez l'oeil, reconnaitrez sa marque graphique sur les rayonnages de la bibliothèque et vous laisserez tenter par un autre ouvrage. Juste pour voir, juste pour confirmer ou infirmer cette hypothèse que vous avez peut-être bien découvert une maison refuge. Puisque vous pouvez encore vous tromper, allez-y franchement. Un, deux, même trois romans, de cet auteur, de cet éditeur. Votre carte d'abonné est votre meilleur ami. Et puis vraiment, à peine installé que l'intuition se confirme. Vous adorez. Vous voilà adepte de la ligne éditoriale et vous savez à présent que vous pouvez acheter tous les livres de cette maison d'édition les yeux fermés. Ils feront désormais partis de votre champ des possibles en librairie.


La bibliothèque, c'est la possibilité de découvrir le numérique

Puisque la bibliothèque c'est la possibilité de se tromper, cela signifie que l'on peut essayer, tester. Vous aimeriez bien investir dans une liseuse — parce que quand même, la valise, ça pèse. Et que votre conjoint.e en a ras-le-bol de vos insomnies lumineuses — mais vous n'êtes pas sûrs d'apprécier le support ? Prenez votre carte d'abonné et filez à la bibliothèque ! La plupart possèdent désormais des liseuses, généralement quatre ou cinq. Vous pouvez les emprunter (ou les réservez, n'oubliez pas ma première partie) et vous familiariser avec les livres numériques. Et ça, c'est quand même vraiment pas mal. Mais vous pouvez aussi aller lire mon article (normalement plutôt convainquant) dans lequel je teste la liseuse.


Si vous êtes déjà adepte de la liseuse, vous n'aurez même plus besoin de sortir de chez vous pour emprunter des livres. De plus en plus de médiathèques possèdent une numothèque. C'est-à-dire que vous pouvez emprunter des livres (ou des films, ou des disques) sur le site de la bibliothèque. Vous récupérez le fichier epub pour une durée limitée, la DRM s'occupe de bloquer l'accès au texte une fois la date passée. Vous pouvez aussi réserver les documents numériques. C'est très pratique et cela permet généralement un catalogue encore plus large.


En parlant de catalogue élargit, j'ai oublié de mentionner que les milieux précaires sont des milieux solidaires. De plus en plus de médiathèques s'organisent en réseaux autour d'une agglomération. Cela signifie que vous pouvez emprunter (et réserver) dans toutes les structures du réseau ! Autant vous dire que cela augmente considérablement les chances d'obtenir rapidement un exemplaire du livre convoité. Vous voyez que votre bibliothèque est pleine de ressources !


La bibliothèque et les droits d'auteurs

Alors non, les livres de la bibliothèque n'échappent pas à la rémunération des auteurs. C'est juste un peu plus compliqué. Carrément complexe, même. Si cela vous intéresse, je creuserai la question à fond et vous préparerai un article dessus ! (indiquez-le moi en commentaires). Rapidement, sachez qu'il existe la Sofia, un organisme de s'occupe de redistribuer les droits d'auteurs. Sachez que les bibliothèques possèdent des statistiques, établies sur vos prêts, qui permettent de fixer un taux de redevance. Sachez que c'est obligatoire, cela s'appelle le "droit de prêt". Votre éthique est sauve.


Vous pouvez désormais mettre les pieds en toute conscience dans une bibliothèque, vous n'avez plus qu'à profiter pleinement de toutes vos possibilités de lecteur !