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De l'intérêt des bibliothèques

Ah, les bibliothèques. Cet idéal dérivé des cabinets de lecture qui permet de lire gratuitement — ou presque — est pourtant bien souvent controversé. Pour ma part, je n'ai toujours juré que par les bibliothèques. Certainement une question d'éducation. Ma mère trouvait que ça occupait efficacement les mercredis pluvieux et que je m'y plaisais plus que de raison. En revanche, je ne me souviens pas qu'elle m'ait souvent emmenée en librairie. Adolescente, je dépensais astucieusement mon argent de poche, nouvel acquis qui me donnait l'impression de jouer dans la cour des grands, dans des bonbons ou des magazines au bureau de tabac. Un choix certes peu judicieux mais il me semble incontournable. Sans doute que les livres me paraissaient inaccessibles puisqu'ils continuaient de figurer sur mes listes au Père Noël ou bien étaient-ils si présents gratuitement que je ne m'imaginais pas même désirer en acheter. Je n'avais pas encore ce vice du bibliophile qui consiste à avoir le coeur léger, rassuré, en regardant avidement ses étagères trop remplies. Alors la bibliothèque, c'était un lieu qui n'avait plus de secrets pour moi, et comme elle n'était pas très grande, les livres du premier étage consacré à la jeunesse n'en avaient plus non plus. Est-ce que j'ai TOUT lu ? Non, quand même pas tout. Mais presque. Heureusement que le temps a passé sur moi aussi, m'ajoutant quelques années au compteur et ainsi l'accès au rez-de-chaussée — et donc aux rayons adulte — de la bibliothèque. Là, j'avais enfin plus de choix. Et même lorsque j'ai eu mes premiers salaires et une indépendance accomplie, même quand j'ai intégré un master en métiers du livres, même maintenant que je suis "de l'autre coté" (c'est-à-dire que je participe autant à la production des livres qu'à leur consommation), je continue de penser bibliothèque. C'est effectivement un postulat qui ne plaît toujours aux libraires et aux éditeurs — à juste titre, puisqu'ils touchent peu voire pas d'argent sur ces livres partagés — mais dont je vais, tant bien que mal, prouver l'avantage qu'il représente pour eux aussi.




Une bibliothèque c'est comme une librairie sociale

Et comme pour une librairie ou tout autre commerce, on a le droit de choisir sa bibliothèque. Si nous ne sommes pas obligés de fréquenter notre pharmacie de quartier parce que l'accueil nous irrite le poil à chaque passage, nous ne sommes pas non plus obligés d'adhérer à notre bibliothèque municipale. Certes, c'est toujours mieux (proximité, gratuité, et vie citoyenne) mais sachez que vous pouvez vous inscrire dans n'importe quelle médiathèque. En principe, une cotisation annuelle qui avoisine la vingtaine d'euros vous sera demandée. Le calcul est vite fait : c'est le prix d'un grand format pour pouvoir lire une infinité de grands formats toute l'année. Et si vous creusez un peu, de nombreuses villes adoptent un plan pour la lecture publique et rendent les inscriptions gratuites pour tous ! Vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas flâner en bibliothèque comme vous flânez en librairie.


Et comme une librairie, une bibliothèque dispose d'une vitrine et de tables thématiques. Pas besoin de fouiller dans les rayons ou sur la base de données pour trouver votre bonheur. L'intérêt, c'est qu'à l'inverse des librairies les bibliothèques ont une politique qui consiste à mettre en avant le fonds. Vous alternerez entre nouveautés et pépites oubliées : de quoi trouver le livre parfait pour votre envie du moment.


Peut-être allez-vous m'opposer que les nouveautés, c'est le point faible des bibliothèques. Pas forcément. Si connaissez bien votre structure, vous savez qu'elle est pleine de ressources. La rentrée littéraire déchaine les passions et vous n'arrivez pas à mettre la main sur le roman que vous souhaitez absolument lire ? Pensez à le réserver ! Effectivement, si on vient au petit bonheur la chance en espérant l'apercevoir nous attendre tendrement sur le chariot des nouveautés, il y a peu de chances. Mais vous pouvez réserver les ouvrages, connaître votre rang sur la liste d'attente et ainsi compter les jours qui vous rapprochent de ce coup de coeur certain. Certaines bibliothèques limitent les prêts à deux semaines seulement pour les nouveautés ce qui permet de les faire tourner plus rapidement. Pour autant, si vous avez exploré toute la base de données et que cette prétendue pépite de la rentrée littéraire n'apparaît toujours pas dans le catalogue de votre médiathèque, n'hésitez pas à le proposer aux bibliothécaires ! Vous pouvez même effectuer la suggestion d'achat en ligne, les bibliothécaires étudient leur budget et la pertinence de votre requête (mais comme vous êtes un lecteur passionnant, ils auront autant envie que vous de découvrir le roman proposé) et décident de commander ou non le livre (très souvent, ils le commandent). Une fois équipé et disponible, le livre est réservé pour vous ! Oui, vous êtes donc le premier lecteur, avant même qu'il soit mis sur les étagères ! Si c'est pas digne du grand lecteur que vous êtes, je ne sais pas ce qu'il vous faut de plus.


Et comme une librairie, une bibliothèque, c'est également un lieu d'échange. De nombreux groupes de lecture y trouvent leur source, si