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© Margot Mucci

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De là on voit la mer, Philippe Besson

Je découvre seulement cet auteur, pourtant incontournable dans le panel littéraire français.

Je débute par De là on voit la mer, un titre qui m’a tout de suite charmée. Et dire que ce n’était que le début… Je suis devenue complétement fan (oui, fan, c’est mot) de la plume de Philippe Besson. J’ai tellement hâte de découvrir d’autres romans et à la fois tellement peur d’être déçue suite à un tel coup de cœur… On verra bien ! Pour l’instant j’ai a-do-ré De là on voit la mer, et voici pourquoi :

C’est beau, c’est juste beau, c’est une claque aussi, un peu. J’aurais enlevé le dernier paragraphe, il me déçoit, je ne voulais pas de cette fin. Parce que sinon, c’était magnifique. Affreux, tragique, dramatique, très dramatique, une histoire qui en aurait fait pleurer tant, et moi qui me réjouit, allez savoir, les ratés, les histoires manquées, j’aime ça, quand ça ne se finit pas rose. (Bon là du coup, petit spoil, c’est un peu rose quand même).

C’est beau, c’est juste beau. J’ai adoré l’écriture, encore et toujours, encore et encore, inlassablement. Cette plume, cet ordre des mots, ces collocations nouvelles…

C’est beau, c’est juste beau. C’est l’histoire d’une infidélité, d’un désir, d’un doute, d’une envie de liberté.

“Car ce qui tue n’est jamais le blanc ou le noir, mais bien évidemment le gris. Ce qui engloutit, c’est la zone d’ombre, l’entre-deux.” (p.123)

ça se passe comme j’aimerais que le réel puisse se passer. Sans s’embarrasser des codes sociaux. C’est également une histoire sur l’honnêteté, une réflexion sur les vérités que l’on doit dire, ou s’abstenir de dire. C’est une réflexion sur la façon de mener une discussion, et sur la conséquence de nos paroles.

“Pour en avoir le cœur net, elle répond ce qui lui traverse l’esprit, ayant toujours considéré que les réponses spontanées traduisaient le mieux les désirs secrets.” (p.138)

C’est les choix assumés, sans autres éléments qui entrent en compte que l’instinct, le direct, le vif.

 “Il dit : “Oui.” / Il conserve son regard fixe et résolu, celui des moments de vérité, celui des intuitions fabuleuses.” (p.153)

C’est beau, c’est juste beau. La femme du roman est à la fois admirable et détestable. Le mari aussi. C’est… ça ne pourrait pas être autrement, tout simplement.

“Louise songe qu’elle écrit des livres sur la fragilité, le désir, le vacillement et finalement l’équilibre. Elle raconte le destin des funambules. Elle ne sait rien faire d’autre.” (p.203)

Si l’on sent tient aux faits, à l’histoire brute, au scénario, c’est triste. Sauf que c’est infiniment au-delà de la tristesse. Il faut le lire pour le comprendre. Mais les mots, ces mots, et ce point de vue, cela rend tout beau, magnifie tout, dédramatise.



Et ça me rappelle mes expériences, toutes ces discussions sur le couple, ces décisions dures à prendre, ce besoin d’être sûr de soi quand on a l’impression de ne pas l’être, qu’on ne le sera jamais. Pour moi, c’est une grosse claque, ce bouquin. Parce que oui, je suis un peu comme l’héroïne, crue dans mes propos, mes vérités, et chaque fois je me dis, comme elle, à juste titre, que je suis “un monstre”, odieuse. Mais je crois que cela m’a permis de mieux considérer ces vérités, ce goût irrépressible pour l’honnêteté, même blessante, sans fioriture. Elle m’est chère, cette capacité, je le sais. J’aime à voir la vie sans filtre quand il s’agit d’affronter les coups durs. Ces vérités sont précieuses, n’est-ce pas ?  Mais il faut savoir ne pas en abuser, ce roman montre aussi qu’elles sont difficiles à recevoir pour les autres. Et vous, de quel penchant êtes-vous ? Est-ce que vous dites tout, trop, pas assez ?