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Crépuscules, Joël Casséus [#varionsleseditions]

Il y a la femme enceinte, la voisine et la marchande. Et leurs maris. Autour de ces trois couples gravitent l’enfant à naître, les jumeaux, et les enfants jamais conçus. Ils partagent le même écosystème, ravagé par les bombes. Dans les yeux des hommes, dans leurs « iris lacérés » les traces indélébiles de l’inhumanité. Les femmes, elles trainent leur espoir et leurs hommes, à bout de bras, à bout de souffle. Elles partagent une haine qui a déjà quitté les hommes. Ils sont en retrait, distants, plus vraiment conscients. En pilotage automatique, dénudés de leurs sentiments. Absents. Tout ce qui fait la vie les a quittés et ils continuent à vivre. Au fond d’eux ils gardent leur espoir, bien tapi, bien au fond, indécelable.


C’est une lecture brumeuse, chaotique. Il faut accepter de se laisser porter, de n’y pas tout comprendre. Il y a une mise à distance, un flou volontaire, comme le brouillard dans lequel se trouvent les personnages. Il y a des mots, des histoires communes, des voix. Plusieurs voix différentes tissent ce texte et en font son originalité, sa distinction. Chacun des personnages des trois couples prennent la parole, disent une même continuité d’action sous un regard différent. Toujours avec cette même distance, cette chape de plomb qui survole et assomme. Aucun nom, aucun prénom. Des épithètes homériques suffisent à indiquer au lecteur de qui sont les pensées qu’il lit. Une horreur partagée, une terre d’accueil, d’exil, qu’importe, une terre de sursit. Chacun réagit à sa manière pour contrer les coups. Attendre, espérer mais à la fois repousser la mort.


Un lecture aux éditions Le Tripode pour le challenge Varions les éditions.



J’adore / Très bon / Bon / Livre de plage / Moyen / J’ai du mal…

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