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Contre-Jour #2 : La blogueuse littéraire

La chaîne du livre continue de se fractionner et ses acteurs de se spécialiser. De nouveaux métiers apparaissent aujourd’hui comme celui de blogueur.euse littéraire car oui, pour certains, il s’agit bien de leur métier ! On le décrypte à la loupe, peut-être abandonnerez-vous vos idées reçues ;)

Pour vous présenter ce métier, j'ai interrogé Maïté du blog MademsoiselleLit.


Oser se lancer

Maïté a créé son compte Instagram et blog littéraire MademoiselleLit en 2017 alors qu’elle vivait en Espagne. En changeant d’entreprise elle perd de vue la collègue avec qui elle papotait bouquins. Ces échanges lui manquent et c’est un peu par hasard qu’elle découvre bookstagram. Elle décide de rejoindre la communauté pour pouvoir de nouveau discuter autour des livres. Elle était bien loin de se douter que son inscription à un réseau social la mènerait au métier qu’elle mène aujourd’hui, presque trois ans plus tard. Bien sûr, cela s’est fait progressivement.

Maïté m’explique qu’il y a environ un an, avec 30k au compteur, elle recevait beaucoup de sollicitations (que ce soit des services de presse ou des invitations à des évènements) et qu’elle posait régulièrement des jours de congé pour se rendre en salon, interviewer des auteurs… finalement, pour travailler sur son blog. Comme c’est un peu ridicule de prendre des jours de congé pour finalement se mettre à travailler sur autre chose, elle ose se lancer. Depuis le 1er mai dernier Maïté a opté pour une année sabbatique afin de voir si le blog pouvait effectivement devenir son métier.


Et c'est le cas. Aujourd’hui, elle vit des collaborations avec les maisons d’édition qui proposent un tarif pour un nombre de posts définis mais aussi des placements de produits — qui collent à l’univers bookstagram, précise-t-elle — comme du thé ou du chocolat. Cependant le plus gros de son travail (ce qui lui demande le plus de temps mais qui lui permet aussi une rémunération plus importante) s’organise autour des salons. Au printemps, elle en a au minimum un par mois dans son agenda. Son rôle est de créer du contenu pour le salon, de relayer l’évènement au préalable et de réaliser des stories une fois sur place. Mais sa présence ne s’arrête pas là, elle doit aussi animer ou participer à des tables rondes. Beaucoup de celles-ci portent sur les réseaux sociaux, sujet dont elle est devenue une experte et qui s’invite régulièrement dans les récents débats. Les salons demandent un gros travail en amont : il faut lire les textes des auteurs invités et préparer les prises de parole en public.

Aperçu en chiffres :

1h30 à 2h / article

3 articles / semaine

1 post insta / jour (cadence difficile à tenir que Maïté ralentit par moments)

Même les blogueuses littéraires ont leur ligne éditoriale !

Oui, il est arrivé plusieurs fois à Maïté de refuser un partenariat parce qu’il ne lui correspondait pas. Soit il n’avait aucun lien avec son univers et donc aucune chance de plaire à ses abonné.e.s — elle prend soin de proposer un contenu dans lequel on se retrouve — soit le livre ou le produit ne lui plaisait pas. Trier et ne pas accepter n’importe quoi n’importe comment, c’est une partie cachée de son travail mais qui a toute son importance pour conserver une ligne éditoriale de qualité.


La page blanche de la blogueuse : la panne de lecture

Ce sont des questions qui reviennent souvent : comment fais-tu pour lire autant ? N’as-tu jamais de panne de lecture ?

« Si bien sûr, comme tout le monde. » Cependant, pour l’éviter au maximum, Maïté alterne entre des lectures pour son travail et d’autres pour son plaisir, ce qui lui permet de ne pas se lasser. De même, elle refuse de se laisser gagner par la panique liée à la surproduction et donc à la quantité phénoménale de nouveautés. On ne peut pas tout lire, il faut l’accepter.

Sa journée type :

« Le matin je m’occupe de l’administratif : traiter les mails et les demandes de collaboration. Je consacre la fin de ma matinée à de la lecture. L’après-midi est plutôt consacré à la création des photos pour instagram, à la rédaction des articles, et il se termine sur une nouvelle session lecture. »

Un bureau sans collègue

C’est finalement un métier qui s’exerce majoritairement en solitaire, comme celui du traducteur. Pour remédier à cela, MademoiselleLit organise des petits déjeuners littéraires avec les passionnés de lecture qui souhaitent partager un moment convivial. Les salons sont également l’occasion de rencontrer du monde et d’échanger « en vrai » après avoir envoyé tant d’emails. Les liens qu’elle tisse avec les autres bookstagrameurs sont comme des collègues virtuels !


Le regard que l’on porte sur son métier

Pas facile de se faire une place dans le monde de l’influence, et une fois fait, il faut ensuite essuyer les idées reçues. Oui, être blogueuse est aujourd’hui devenu un métier. Car oui, c’est du travail, l'envers d'un décor au filtre rose correspond à nombreuses heures passées devant un bureau. Maïté assume totalement son nouveau job et n’hésite pas à en parler. La transparence est importante pour elle. C’est aussi ce qui permet de faire avancer les mentalités et les rapports avec les autres professionnels de la chaîne du livre. Les éditeurs ont désormais accepté ce nouveau maillon et travaillent avec lui, reconnaissent son potentiel. Certains journalistes et libraires restent réticents. La peur d’une nouvelle concurrence, voilà ce qui agace les journalistes.


Le débat a souvent été traité sur instagram et parfois même de façon assez virulente :

Les blogueurs sont-ils légitimes à demander une rémunération ?

Nous pouvons rouvrir la discussion ici, en espérant que cet article vous aura apporté un regard immersif sur la question.


Merci beaucoup à Maïté d'avoir pris le temps d'échanger avec moi sur son métier. Si vous ne la connaissez pas encore, n'hésitez pas à la suivre sur instagram et sur son blog MademoiselleLit.


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