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Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson

Ah cet auteur… il nous plaît tellement ! Après ma lecture coup de coeur de De là on voit la mer, je me laisse tenter par son dernier roman Arrête avec tes mensonges. Si je retrouve avec plaisir la plume de Besson, cette fois-ci ce ne sera pas un coup de coeur.

Dans ce bref roman – une centaine de pages, Besson les aime courts – l’auteur nous plonge dans un récit d’autofiction. À mi chemin entre la fiction et l’autobiographie. Il s’amuse à nous perdre, à nous conter le faux comme s’il était le vrai, à se jouer de nous dans ses parenthèses. Il relève notre inattention de lecteur si facilement naïf, influençable. Il y a également une forte dimension méta discursive, ou bien une chasse au trésor géante si vous préférez : il dissémine des allusions à tous ses romans précédents. Cela peut être encore plus amusant si on les a tous lus auparavant ! Souvent, il revient aussi sur ses thèmes d’écriture, les élucide, nous éclaire, se dévoile. S’il se dévoile vraiment ou s’il invente, nous n’en saurons rien. Mais après tout, qu’importe ?


Sous ses airs de grand écrivain joueur, il nous conte avant tout une histoire d’amour. Le premier amour. Cet amour de jeunesse si puissant, à la découverte des corps. Ce premier amour que l’on n’oublie jamais, qui nous hante à jamais. À la seule différence que cet amour-là n’a pas l’insouciance des jeunes gens, puisqu’il est caché, tu. Un garçon avec un garçon. Il ne faut pas faire de vagues. Mais c’est tout pareil. La force du sentiment, le trou dans la poitrine quand arrive la rupture, et les regrets, les courages avortés. L’amour est universel par sa beauté élévatrice et sa puissance destructrice.


Bien sûr, les romans de Besson ne sont jamais construits sur un plan simple. Tout s’entrecroise. Alors s’il y a bien cette première idylle comme fil conducteur, c’est aussi l’occasion de revenir sur les années 80. Une époque pour la jeunesse ! Nombreuses sont les digressions, sociologiques, géographiques, si vraisemblables, qui nous enchantent.


Comme toujours chez Besson, je corne et recorne les pages (Sacrilège ! Ne vous effrayez pas, cette fois-ci sur liseuse, je peux les corner à l’infini sans rien abîmer 😉 ), je surligne, note, retiens. Les romans de Besson ne comptent pas forcément toujours pour l’histoire – souvent sombre d’ailleurs – mais pour ces morceaux de phrase que l’on peut sortir de leurs contextes, ces maximes que l’on peut trimballer toujours avec nous. Pour ma part, c’est ce que j’adore chez cet auteur !


En essayant de ne pas trop en dévoiler, en voici une petite sélection :

“Je regretterai parfois que mon enfance, mon adolescence, aient été si indolentes, si protégées, si quelconques, car on est si souvent sommé de devoir faire valoir un traumatisme remontant au plus jeune âge – comme on montre ses papiers à la police – pour justifier qu’on écrit.” P.63
“être un étranger blanc dans une ville noire” p.24
“Et ce sentiment, qui sait, de ne pas être tout à fait à sa place, ici, d’être une sorte de déraciné, comme si on pouvait avoir le déracinement en héritage.” P.44
“Je sais aussi tout ce qu’on doit quitter de soi pour ressembler à tout le monde.” P.71
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