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Americanah, Chimamanda Ngizi Adichie


Alerte Coup de Cœur !


Ce roman, je l’ai vu inonder Instagram pendant un moment. Il me faisait envie, irrésistiblement envie. Aussi je l’ai emprunté à la bibliothèque avant de partir en vacances, et il ne m’a plus quitté. Aujourd’hui, je regrette de ne pas l’avoir acheté, seulement emprunté ; je sais que j’aurais envie de remettre le nez dedans, juste d’humer les pages, de relire quelques lignes, de retrouver cet univers, comme un baume au cœur.

J’avais envie de relever tellement de phrases que pour finir, je n’en ai noté aucune. Absolument tout est percutant.

“En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.”


Un roman sur la race, principalement, mais également un roman sur les expatriés. Surtout : un roman sur la vie. Le commentaire de la quatrième de couverture de l’édition de poche chez Folio le dit si bien : “De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correcte et nous offre une grande histoire d’amour, parcourant trois continents d’un pas vif et puissant.”


Un roman vrai, j’aime la répartie sans limite, ingénue et à la fois consciente, d’Ifemelu. La rhétorique est bien menée, Chimamanda Ngozi Adichie maitrise le roman d’une façon admirable. J’adore les liens subtils qui permettent de glisser d’un sujet à un autre, faisant que l’on ne sait plus quelle histoire compte vraiment. On se laisse juste embarquer, plonger dans une ambiance, un monde. Il y a de nombreux aller-retours, entre hier et aujourd’hui, entre Ifemelu et Obinze. C’est déroutant au début, mais on s’habitue et c’est un rythme agréable.


L’histoire, les histoires, d’Ifemelu et d’Obinze, fil rouge conducteur, sont souvent reléguées en second plan. Pour encore plus d’histoires. Ces pages, c’est un recueil d’anecdotes. Un roman sociologiquement puissant, un petit bijou qui relève presque de la thèse. Pour l’auteure, c’est l’occasion d’aborder tant de sujets différents, simplement à partir de l’observation. C’est dire l’hypocrisie et l’humain en dessous. Le blog d’Ifemelu, dont des extraits rythment le roman, est le prétexte pour approfondir un peu ces réflexions. De plus, tous les personnages sont “typés” non dans le but de sombrer dans les clichés mais de faire ressortir la façon dont une société façonne les individus. Tous sujets sont abordés, et une grande importance est accordée à la corruption des gouverneurs au Nigéria, à la façon dont l’argent régit les comportements, accorde les privilèges, et décide des mariages. Le modèle économique particulier, le quotidien des femmes et des hommes, leurs rêves d’un étranger mythique. Tout, ce roman c’est un tout, une société.

Parce que ce roman est aussi une si belle histoire d’amour, parfois, j’avais des frissons, la chair de poule me parcourait, mon cœur se tendait. J’en arrivais à éprouver les mêmes sentiments que les personnages, le même état morose triste dans les dernières pages. Je ne respirais plus qu’à travers ce roman.


Pour vous mettre peut-être l’eau à la bouche, voici les premières phrases du roman. Déjà l’écriture me faisait sourire. Imprégnez-vous, c’est le ton adopté tout au long de ces 700 pages.


“Princeton, en été, n’avait pas d’odeur, et si Ifemelu appréciait le calme verdoyant de ses nombreux arbres, ses rues propres et ses majestueuses maisons, ses magasins aux prix subtilement exagérés et son air tranquille, immuable de grâce méritée, c’était cette absence d’odeur qui la séduisait le plus, peut-être parce que toutes les autres villes américaines qu’elle connaissait dégageaient toutes des effluves caractéristiques. Philadelphie exhalait le parfum suranné du passé. New Haven sentait l’abandon. Baltimore l’océan, et Brooklyn les ordures pourrissant au soleil. Mais Princeton n’avait pas d’odeur. Elle aimait y respirer à plein poumons.” (Chapitre 1)