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À mains nues, Amandine Dhée

Ce petit livre-là, je l'attendais avec impatience. Et moi qui aime tant emprunter, je l'ai acheté. Pour pouvoir écrire à l'intérieur, marquer les phrases coup de poing qu'il faudra relire. Je savais que ce serait une lecture crayon en main, La femme brouillon m'avait prévenue. Et, effectivement, au bout de quelques pages, à peine le train s'était-il élancé, que j'ai fouillé dans la poche avant de mon sac à dos, le dos courbé en deux, mal installée, mes doigts qui remuent, s'emmêlent dans les fils de mes écouteurs, je ne trouve pas ce crayon de papier que j'ai pourtant emporté je le sais, et mon voisin de siège s'agite — parce que c'était l'époque, où l'on prenait le train, avec d'autres assis si proches — et puis, enfin, le voilà. Et alors immédiatement je m'apaise, parce que je sais que ce sera une bonne lecture.



À mains nues, c'est un petit manifeste. Un texte bien plus générationnel que le précédent livre de l'autrice. Je crois que La femme brouillon m'avait plus touchée, il était emprunt de sentiments, c'était un récit de l'intime. Or ici, on évolue dans un récit, mi fiction mi essai, en tout cas virulent.

C'est d'abord un texte profondément féministe dans le sens où il dit la femme, rien que la femme, ses combats incessants, sa vie comme une lutte permanente. Ce qui m'a parfois dérangée, c'est qu'il passe à coté des beaux moments de la vie d'une femme — parce que oui, j'ose croire qu'il y en a encore, en symbiose avec l'Humain.


Quelques passages significatifs de cette idée, développée surtout dans la première moitié du livre :


"Parfois, un doute. Est-ce qu'on a raison de se maintenir à flot coûte que coûte ? De se cogner à des principes plus grands que nous et à cet espoir de bonheur Ricoré ? Peut-être qu'on s'est plantés. Que c'est trop dur de faire famille. L'envie de tout envoyer valdinguer, d'arrêter d'essayer."


"S'agiter pour exister, on n'y échappe pas plus que les autres."

"Est-ce que devenir une femme, c'est s'abimer ?"


"Pourtant, il faudrait assurer aussi au creux de nos draps, réveiller l'amante qui sommeille en nous, maintenir la flamme. Mais c'est la flemme qui l'emporte. Il faudrait être strass ou dentelle, on est pilou-pilou."


"Tout est une question de mesure, alors elle contient son désir démesuré. On peut coucher cent fois avec le même garçon mais pas coucher une fois avec cent garçons."


Heureusement, le livre évolue et n'oublie pas la complexité de la femme, son entièreté. Dans la suite du livre il y a aussi la femme qui aime, qui aime démesurément, et il y a l'homme doux, parce que tous ne sont pas à bannir.


"Au royaume de la toute petite enfance, les hommes sont souvent traités comme les femmes partout ailleurs dans la société. On doute gentiment de leurs compétences, on présume leur maladresse."


"À l'intérieur, elle fait déjà des noeuds. Elle voudrait qu'il lui apporte ce qu'elle n'a pas, qu'il la comprenne tout entière, par magie, c'est ça l'amour, qu'il soit comme lui et qu'il soit comme elle, qu'il la subjugue et la rassure, ce n'est pourtant pas compliqué.

Elle ne s'aime pas quand elle aime. Ce que le lien lui fait. Vingt ans plus tard, il faut encore qu'elle y retourne, là, où une petite fille tend les bras sans fin."


"Pour ne pas avoir mal, elle frappe en premier, se lance dans des colères griffe gouffre, qu'elle ne s'autoriserait avec personne d'autre. L'autre paye pour tout cet amour qu'elle lui porte et ce qu'elle ne supporte pas : avoir besoin de lui."


Un livre pamphlet, où l'on perd un peu l'intime charmant de La femme brouillon au profit d'un regard plus sociologique.



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