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© Margot Mucci

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À crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk



Ce récit n'est finalement pas tant celui d'une rescapée de Tchernobyl que celui d'un exil. Cet arrachement à sa terre natale, cet élagage forcé de ses racines. Un sujet, somme toute, bien contemporain. Que l'on fuit les radiations de la centrale, les bombes d'un ennemi, ou bien les éléments qui se déchainent, l'exil a un caractère universel : on laisse une maison, un terrain ravagé, on part le coeur en ruines. Et puis, vient l'obligation de la reconstruction. Sommes-nous comme ces tonnes de gravats que l'on rebâtit d'un coup de tractopelle ? Quelle est la grue qui nous redresse, nous élève ?

Pour Léna, ce sont les livres qui vont la rapprocher un peu de son Ukraine natale, l'envelopper d'un petit cocon à elle, et la protéger des intempéries à venir. Les légendes sont son double-vitrage imperméable aux courant-d'air.


Les guerres éloignent les peuples, les légendes les rassemblent.

Se reconstruire au travers d'une littérature, c'est aussi s'approprier une langue et donc se rapprocher de cette terre d'accueil qui, accueillante, l'est plus ou moins. Se reconstruire, ça veut dire s'intégrer. Faut-il rayer de sa biographie son enfance passée sur un coin rayé du globe ? Ou au contraire en parler ? Et à qui ? Les parents de Léna lui imposent leur choix et c'est donc seule que la jeune fille va devoir se trouver. Elle se rapproche de sa grand-mère, fouille avec elle les légendes ukrainiennes. Elle se rapprochera également d'une camarade de classe, mais guère plus. Léna nous apparait comme un personnage bien solitaire. Car en effet, comment, au seuil de l'adolescence, perdre à la fois sa terre et son amour de jeunesse ?

À crier dans les ruinesc'est aussi un cri du coeur, un appel à l'amour intemporel. Deux êtres que tout oppose, leur famille, leur caractère et même les particules irradiées dans l'air entre eux, mais qui s'obsèdent. L'un est l'ombre de l'autre. Ils sont si peu dissociables qu'ils sont incapables d'être dans le présent lorsqu'ils sont séparés. Ce roman, c'est une quête de soi sans l'autre et une quête de l'autre. Il y a finalement différents leitmotiv qui dictent le récit.

Si je l'ai trouvé un peu scolaire (c'est-à-dire rondement mené mais avec des défauts de vraisemblances) j'ai été surprise de lire le récit d'un exil quand je me faisais une joie d'explorer ce sujet tabou : Tchernobyl. Le décor de la catastrophe sert de point de départ et de point de chute au récit et il est très bien travaillé dans les cinquante dernières pages mais il ne faut pas s'attendre à ce que tout le texte tourne autour de la chute de Pripiat. Une précision que je préfère apporter car j'avais placé toutes mes attentes sur ce sujet et j'ai lu autre chose. Beaucoup d'entres vous ont été charmés par le récit de cet exil,  qu'avez-vous préféré ? L'histoire d'amour, l'exil, ou bien les destins croisés ?